Réforme du B.A.C. : le niveau baisse, vraiment ?

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    lucas_mir a créé le sujet : Réforme du B.A.C. : le niveau baisse, vraiment ?

    Premières épreuves pour ce nouveau B.A.C., avec un absent et un petit nouveau (échange Erasmus franco-belge) et pas mal de redoublants.
    On entre de suite dans le vif du sujet. Il est d’ailleurs important de rappeler que, dans un souci d’équité, les examinateurs ont été irréprochables, aucun sujet n’a fuité, tout à l’aveugle ! Cela n’empêchera bien sûr pas certains d’essayer de filouter en zyeutant le flacon… mais gare aux vieux briscards rompus à ces manœuvres !
    Personne n’a envie de finir avec une bulle, on commence donc avec !

    CR: Champagne Moutardier Brut Nature Pure meunier



    Un affreux virus m ‘empêche de profiter pleinement du joli nez de ce champagne, mais je parviens à percevoir des notes de pomme et une touche oxydative.
    La bouche est marquée par une sensation crayeuse, une certaine vinosité et une belle finesse de bulle. A ce stade, cela m’évoque Bedel, Entre ciel et terre. Je pars sur un assemblage de pinots avec un peu de chardo. Vu le peu de révisions dans cette matière et mon état de forme, je ne pouvais espérer mieux...
    Bu à l'apéritif sur des petits crackers servis avec une crème de haricots rouges au curry (miam!)



    Puis sur la mise en bouche, un velouté (très léger) de céleri avec allumettes de chorizo et d'oignons frits (re-miam!). On est bien!



    Raphaël me demande comment va être mon blanc, plutôt fin ou puissant, pour décider de l’ordre d’ouverture. Ben, fin mais puissant on va dire (ou l’inverse)...

    Du coup il dégaine son

    CR: Reichsrat Von Buhl Pechstein Riesling GG 2012



    Bon, là, rhinite, sinusite, mousse polyuréthane dans les narines, rien n’empêcherait de penser au Riesling. Ça pétrole nettement, et tant mieux car, à part ça, je ne sens pas grand chose. Le nez envoie, c’est riche.
    En bouche aussi, avec un peu de Sucre Résiduel. Année solaire, terroir exposé... Mais c’est indéniablement équilibré. Ça commence à tricher un peu, on discute avec le voisin sur l’éventuelle origine, française ou germanique... Ce côté riche et solaire me fait penser à un Grafenreben bu récemment, mais les SR m’évoquent Haag ou Donnhoff. Un trocken ? Jérôme, qui a bien révisé son Hyllos, avance un Spatlese. Moi, j’ai juste bossé la prononciation avec la méthode Agnès C, et je trouve que ça manque de sucre pour un « j’pète les œufs ». Du coup, Jérôme m’apprend que le spatlese peut aussi se décliner en trocken. Encore à me planter dans les déclinaisons teutonnes à plus de 40 printemps... Scheiss! Du coup, fin de l’épreuve, Raph relève les copies et sort le corrigé. On ne s’en sort pas trop mal.

    Je crains un peu pour mon apport, qui a intérêt à avoir du répondant après cette bouteille.

    CR: Domaine de la Taille aux Loups Clos de Mosny 2014 Montlouis-sur-Loire



    Pas de terpènes salvateurs, mon nez bouché m’empêche de sentir grand chose.
    En bouche, c’est un peu mieux. Le vin s’étire sur une belle impression caillouteuse, avec une belle mâche et une certaine tension. Il était plus impressionnant dans mon souvenir, mais je ne sais pas si c’est le vin qui se referme ou mon rhume qui m’a bien biaisé la soirée...
    En tout cas, ça fonctionne avec l’excellente entrée : Maki de saumon, mousse d’avocat, mousse de citron et purée de betteraves. Plus quelques légumes croquants. Pas hyper surprenant, mais sacrément juste.



    Jérôme dégaine son blanc.

    CR: Château de Lancyre Marsanne Roussanne Coteaux du Languedoc 2012



    Je ne sens toujours pas grand chose. Et c’est guère mieux en bouche. En plus, quand on connaît la variété des apports de the_Ej, pas la peine de compter là dessus pour s’en sortir (plus simple avec le Burgundy Addict ;) ). C’est riche avec une certaine tension, je ne vois pas... Des notes pétrolées, Jurançon, Savennières? Pas de marqueur exotique, de notes sauvignonesques ou cheninesques. Je sèche. Le pinotphile met dans le mille en lançant Marsanne Roussane. Quel fayot ce Pins!

    Il laisse choisir à Jérôme le sujet suivant. On tombe sur

    CR: Henri Germain Meursault Charmes 2011



    Toujours pas beaucoup de sensations olfactives, mais quand même l’impression nette de tenir un Chardonnay (comme quoi, c’est plus simple quand on sait ce qu’on cherche).
    En bouche, c’est droit, long, vertical. Pour moi, un joli Chablis de quelques années. Surprise à la levée de chaussette, un peu comme pour le Chablis de l’Enclos de la session précédente, mais en sens inverse! Classe et très bon (je verrais bien ça sur un turbot crème aux morilles).
    Mais ça fonctionne aussi sur le très beau cabillaud skreï (parfaitement cuit nacré) au beurre blanc mousseux, purée de pomme de terre fumée et fenouil rôti. Aussi beau que bon!



    Il est temps de boire rouge, car le plat suivant approche.

    Christophe s’y colle et balance

    CR: Domaine Gros Frère et sœur Grands Echezeaux 2000



    Même enrhumé, impossible de ne pas prendre de plaisir en mettant le nez dans le verre. D’abord sur les fruits rouges et noirs, les épices douces, puis les notes florales. Complexe, sérieux mais charmant. Bouche énergique, texture soyeuse. Je lui donne une dizaine d’années, mais je suis sûr qu’il en a le double. Le sourire de Christophe confirme cette intuition. C’est beau et ça s’améliorera toute la soirée.
    Jérôme enchaîne avec un

    CR: Vincent et Denis Berthaut - Fixin Les Arvelets 2006



    Je perçois des notes de mûres, un peu de ronce. Ça m’évoque un pinot ou un joli gamay. La bouche est franche, avec un joli fruit mais souffre de l’effet de séquence.

    Mais pas le temps de souffler, Raphaël nous sort un

    CR: Gazin 2005 Pomerol



    A ma gauche, on souffle Mas Julien, et c’est vrai que je trouve souvent au Mas Julien des airs de Bordeaux solaire mais fermé. Du coup, je dis que si c’en est un, il est plus aimable que le 2005 bu cet été. Ça truffe un peu aussi. Il Professore tend des perches. Un Pomerol sur un millésime chaud? Bon, très bon, mais il en avait encore un paquet sous la pédale. En l’état, il se serait peut-être mieux marié à une viande plus forte (bœuf, pigeon ou chevreuil) que le superbe quasi de veau basse température, qui nous est servi avec une purée de carotte et un superbe jus à l’ail (rose de Lautrec sans doute!).



    Arrive un fromage travaillé comme un plat, en l’occurrence, une mousse de chèvre qui cache des dés de pommes et carottes fondantes.



    Excellent, mais on n’a plus beaucoup de blanc, du coup, Christophe dégoupille le remplaçant

    CR: Domaine Bouzereau - Meursault Charmes 2011



    Au nez, on est encore sur du chardonnay, mais plus démonstratif que le précédent.
    Idem en bouche, avec un jus plus large que vertical, compact, presque tannique. C’est très bon, et je le sortirais volontiers sur du veau aux morilles. Surprise à la levée de chaussette, tant ce vin se démarque de son cousin Germain bu juste avant.
    On passe aux sucres servis en parallèle sur un très joli dessert de cuisinier autour de la poire (en lamelle, crue, caramélisée, en compote et en sorbet), du caramel (en coulis et crème fouettée ), et du sarrasin (en crumble, tuile caramel et biscuit).



    CR: Château La Tour Blanche 2009 Sauternes



    Nez riche mais "aérien ", sans lourdeur. Pour moi, on est à Bordeaux, c'est clair.
    La bouche confirme cette impression, et cette belle liqueur tout en finesse me dirige vers Barsac. L'examinateur exige un millésime. 2009? Allez, c'était pas si mal!

    CR: Domaine Bott Geyl Pinot Gris Sonnenglanz Vendanges tardives 2006



    Robe foncée, sur un vieil or bronzé, nez complexe: fruité, floral, avec des touches minérales.
    Bouche très équilibrée, qui s'étire sur des notes caillouteuses, presque salines. Ce vin aura pas mal baladé les collègues, d'autant que comme tout vieux prof sadique qui se respecte, j'ai glissé un piège (dans la chaussette): mes commensaux ne sont pas des perdreaux de l'année, et même drapée d'un noir opaque, une longue flûte alsacienne les aurait trop facilement guidés vers la région d'origine. Ensuite trop simple pour ces stakhanovistes de la bouteille d'écarter le Gewurz et le Riesling. Bref, on a fait le tour de France par les sucres grâce au truchement de cette bouteille de rosé Corse.



    Un café, l'addition, on traîne dehors, en discutant, notamment devant une épicerie fine, qui refourgue du domaine des tours à 75 balles!!! Vivement la prochaine, au grand complet avec le retour du petit cadurcien globe-trotter ! Bienvenue à Thibault et à sa chère et tendre dans la région de la chocolatine, et dans le groupe !
    #1
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    Vougeot a répondu au sujet : Réforme du B.A.C. : le niveau baisse, vraiment ?

    Merci pour cet appétissant compte-rendu.
    Le Grands Echézeaux vient du domaine Gros frère et soeur.
    Mais il y a tellement de Gros en Bourgogne que l'on a le droit de se tromper, surtout si les sinus sont... embrumés. :)

    Vincent, amateur de melon et de curé nantais
    #2
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    tonioaja a répondu au sujet : Réforme du B.A.C. : le niveau baisse, vraiment ?

    Super CR !
    Presque aussi bien que les miens ! :DD
    Ca donne vraiment envie et je suis très déçu de ne pas avoir pu être des vôtres, mais on se rattrapera ...

    Antoine (passionné tout court ).
    #3
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    the_ej a répondu au sujet : Réforme du B.A.C. : le niveau baisse, vraiment ?

    Alors cette fois-ci on ouvre l'année à l'Equilibre, on aurait pu faire pire. Le restaurant est trop demandé pour devenir notre "cantine" (réservation plusieurs mois à l'avance...), mais c'est un réel plaisir d'y manger. Et de toute façon, nous sommes heureux de nous retrouver et d'accueillir un petit (!) nouveau dont j'avais plaisir à lire les récits lorsqu'il était expatrié outre-Atlantique. On l'a un peu maltraité en le contraignant dans ses apports, mais m'est avis qu'il se vengera ;)

    C'est d'ailleurs Thibault qui ouvre le bal avec une bulle
    Moutardier - Champagne brut nature 100% meunier
    Doré clair
    Au nez fruits secs, épices, pomme au four. C'est gourmand et un peu évolué
    La bulle est douce et fine, la bouche est caressante et douce (au sens tactile, pas sucré) tout en étant vineuse laissant supposer un pinot. On y retrouve la pomme au four, la noisette et une fine acidité très intégrée, sans dosage sensible.
    Manque un peu de longueur et d'impact pour être vraiment top, chouette entrée en matière.


    Reichstrat von Buhl - Forster Pechstein riesling trocken - Pfalz 2012
    Doré net
    Peu de doute sur l'origine avec un nez qui pétrole, accompagné de fruit jaune très mûr.
    Du gras, mais rapidement l'acidité prend le relais pour tendre franchement le vin. Léger pétrole, mais surtout fruit mûr et même exotique qui signe une belle maturité.
    Bizarrement, malgré sa présence, le vin est écrasé par le saumon.

    Domaine de la Taille aux loups - Clos de Mosny - Montlouis-sur-Loire 2014
    Très doré (encore plus net que le précédent)
    Nez mûr, légèrement vanillé, safrané, miel, avec une touche rafraîchissante de pomme verte ou menthe qui ressort en fin de nez.
    Côté mentholé/volatil qui rafraîchit en bouche également, qui fait moins mûre/évoluée que le nez. Grande longueur sur la pomme mûre, qui m'oriente vers un chenin.
    Là par contre c'est vraiment top avec le saumon !
    Mon 1er vin de J. Blot et je ne suis pas déçu d'avoir quelque peu cédé au TAVCO avant d'avoir goûté !

    Henri Germain & fils - Meursault 1er cru Charmes 2011
    Changement de registre avec une robe paille, un nez beurré, léger sésame, caillou qui nous envoie vers la Bourgogne.
    Ce vin est fin, tendu mais pas traçant, plus subtil et pur que les précédents. En tout cas pas l'idée que je me fais d'un meursault 1er cru (effet millésime ?), mais en lui laissant un peu de temps il sait faire preuve de séduction.

    Château de Lancyre - Grande cuvée - Coteaux du Languedoc blanc 2012
    Doré net
    Le nez pétrole alors que ce n'était pas du tout le cas à l'ouverture en fin de matinée. La bouche également pétrole, un touche de vanille (qui sera renforcée le lendemain), peu de fruit. C'est ample avec heureusement une fraîcheur marquée qui allège ce vin clairement taillé pour la table.
    Pas du tout le même profil qu'à l'ouverture, et un vin changeant.

    Domaine Gros Frère & Soeur - Grands Echezeaux 2000
    Pourpre limpide
    Un fruit rouge pur, des tanins de velours, une sacrée présence et un superbe équilibre. C'est tellement franc et évident que j'ai du mal à en dire plus. Et pourtant, la sensation frustrante qu'au bout de 20 ans ce n'est qu'un bébé et qu'il est encore très primaire. La comparaison avec le suivant laisse toutefois ressentir l'écart de classe (et de tarif :unsure: )

    Vincent et Denis Berthaut - Fixin 1er cru Arvelets 2006
    La robe est identique mais c'est tout.
    Le fruit semble plus terne, les tanins plus astringents, l'aromatique plus végétale (mais aussi un peu plus évoluée avec un début de tertiaire). Et pourtant si on prend la peine de faire abstraction du prédécesseur c'est plutôt bien fait et avec une matière qui s'accorde bien avec le quasi de veau !
    Je craignais le millésime, j'aurais encore plus dû me méfier de la confrontation avec une Pinellerie !

    Château Gazin - Pomerol 2005
    Changement net avec un vin violet foncé, qui présente un nez de fruits noirs, voire un peu de volatile, presque un nez de primeur.
    Il y a un sacré volume, de la fraîcheur, des tanins bien mûrs, mais que cela fait jeune ! Je lui aurait donné 2-3 ans et il en a 15 : jusqu'à quand l'attendre pour qu'il atteigne sa plénitude ?

    Michel Bouzereau & Fils - Meursault 1er cru Charmes 2011
    Aussi clair que le Germain. Aromatique très similaire, plus acide et plus joufflu/plein à la fois, avec un équilibre plus poussé pouvant affronter des plats plus riche.

    Château La Tour Blanche - Sauternes 2009
    Doré légèrement orangé.
    Nez riche et envoûtant de safran, fruits jaunes, miel. La bouche aussi est riche, le vin joufflu, un peu mou. Puis à l'aération l'acidité ressort pour équilibrer le tout et apporter une allonge bienvenue. Il lui faut certainement du temps (et de l'air) pour dévoiler son potentiel mais mon bec à sucre apprécie.

    Domaine Bott Geyl - Pinot gris - Alsace gd cru Sonnenglanz VT 2006
    Là c'est carrément acajou.
    Je perçois de l'orange confite, du miel, du floral, un nez encore riche et complexe, qui ne laisse pas présager la légèreté (relative) de la bouche. Elle présente en effet une acidité traçante, un sucre très intégré, et un aspect plus fin et jeune, avec même une perception de raisin frais.
    Pas du tout l'idée que je me fais d'un pinot gris VT (je voyais plus un vin du sud-ouest), et encore une très chouette (re)découverte (j'avais déjà goûté...).


    Que dire pour conclure si ce n'est qu'une fois de plus on attend la prochaine rencontre avec impatience. Il faudra qu'on songe à éviter le microbes, virus et autres erreurs de calendrier pour que tout le monde puisse profiter à plein !!!

    Jérôme
    #4
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