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Minéralité dans le sud

Envoyé par Hervé Bizeul 
Minéralité dans le sud
lundi 07 février 2005 14:15:38
Comme il tombe des cordes depuis 24 heures et que j'ai un peu de temps, j'ai pensé que, peût-être, ouvrir un nouveau débat permettrait d'arrêter d'en polluer d'autres, en particulier celui consacré à  mes vins où les réactions récentes n'appellent aucun commentaires de ma part, leur forme comme leur fond, étant pour moi totalement puèrile et vide de sens.

Je m'interroge en effet depuis plusieurs mois sur les raisons et le sens qui fond que le qualificatif "minéralité" soit apparu soudainement dans le vocabulaire des dégustateurs du monde entier, comme un feu de paille. Aujourd'hui, depuis environ 6 mois, les dégustateurs anglo-saxons s'en sont emparés et il fleuri un peu partout.

Hors, j'ignore toujours son sens. Cela veut t'il dire que les arômes du vin ressemblent à  certains minéraux (pierre à  fusil, graphite) ? Cela fait il référence aux sels minéraux contenus dans le vin, comme semble le penser certains et si oui comment le quantifier ou le qualifier ? Cela parle t'il d'acidité ou de fraîcheur et si oui pourquoi ne pas employer ces mots ?

Le principe même du vocabulaire de la dégustation, codifié dans les années 70 par les Å“nologues bordelais, est de pouvoir faire en sorte qu'un dégustateur puisse décrire une vraie sensation à  un autre afin qu'à  travers un commentaire, on puisse avoir une véritable idée du vin. Ainsi ont été mis à  au ban tout une ribambelle de mots pittoresques qui permettaient à  certains de passer pour initiés aux yeux des béotiens.

Et bien pour moi, le mot minéralité, qui sans aucun doute exprime d'une part une sensation ressentie, réelle, sincère de certains dégustateurs et d'autres part une aspiration profonde et actuelle me semble pour l'instant vide de sens.

Certains veulent ils tenter de faire avancer le sujet afin que nous parlions tous de la même chose ?
Re: Minéralité dans le sud
lundi 07 février 2005 16:15:14
avatar
Hervé,

Il est vrai que le terme minéralité (que j'utilise d'ailleurs très souvent dans mes CR) est plutôt vague et ne renvoie pas à  un arôme particulier.
Il représente davantage pour moi un famille aromatique, comme le sont les arômes fruités, les arômes floraux, les arômes végétaux, ...
On peut y placer pas mal de choses, comme les notes de pierre à  fusil, les notes crayeuses, de mine de crayon, un côté "ferreux" qu'on trouve dans certains rouges, voici quelques exemples parmi d'autres.
C'est sans doute le plus souvent une vue de l'esprit, mais ce sont des arômes qui évoquent le sol, raison pour laquelle beaucoup leur accordent plus de "noblesse" qu'à  d'autres, en particulier les arômes variétaux. Il est donc de bon ton qu'un grand vin, forcément issu d'un grand terroir, soit minéral.
Mais en fait, la fameuse minéralité du riesling, sur des notes terpéniques, serait selon certains un "simple" arôme variétal. J'ai personnellement du mal à  croire que cette complexité et cette variabilité d'expression aromatique qu'on observe dans les meilleurs vins issus de ce cépage ne vient pas en partie du sol.
Les notes de fer que je trouve dans certains vins rouges très mûrs, ne sont probablement souvent que des notes sanguines (et donc plutôt animales) que par déformation professionnelle j'associe au fer,...
La question est donc complexe, et je conçois bien volontiers qu'il y a sans doute parfois une certaine forme de snobisme à  trouver du minéral partout, mais il y a tout de même dans certains vins quelque chose d'indéfinissable pour lequel je ne trouve pas de meilleur terme que minéralité.

Cordialement,

Luc
Re: Minéralité dans le sud
lundi 07 février 2005 16:35:45
avatar
Minéralité, le maître mot effectivement en ce moment. Dictature de la minéralité et de la fraîcheur ou de l'acidité. On se demande si un vin ne peut être grand que s'il est minéral et basé sur un équilibre frais.
Le vrai problème à  mon avis est que certains producteurs cèdent à  cette dictature et renient ce que j'appelle leur "sudisme", comme Senghor parlait de négritude et le revendiquait. On dit souvent minéralité quand on ne peut pas dire "fruit"...
Cette remarque étant faite, non dénuée de militantisme, je le reconais, pour moi, la minéralité s'exprime par des notes aromatiques ou des saveurs qui évoquent le minéral, comme la craie, le silex, les hydrocarbures, entre autres. Je les apprécient sur certains vins, comme les Chablis, certains chenins, dans le riesling cela me déplait. Je ne recherche absolument pas cette saveur pour porter un vin au panthéon.
Re: Minéralité dans le sud
lundi 07 février 2005 16:38:46
avatar
Je reviens juste pour dire que souvent cette notion de minéralité est mise en avant comme l'exaltation suprême du terroir. Je me demande si ce n'est pas un racourci un peu rapide entre l'idée minérale (géologique) du terroir et les saveurs dans le vin.
Les saveurs de la syrah s'expriment bien différemment sur différents terroirs sans pour autant être minérales: violette en rhône, plus olive et truffe en Languedoc. Le terroir peut s'exprimer à  mon avis aussi par le fruit.
Re: Minéralité dans le sud
lundi 07 février 2005 16:39:05
Pour moi, le terme minéralité correspond à  une sensation olfactive et tactile. Il y a des vins qui peuvent avoir de l'acidité et de la fraîcheur et qui n'ont pas de "minéralité.

Qqs exemples très différents: les vins dont les vignes sont sur des terrains schisteux. Que ce soit en blanc (comme le Kastelberg Riesling) ou en rouge (certains Maury, ou un côtes de provence bu il y a qqs mois), je trouve qu'il n'y a rien qu'au nez un côté "pierre chauffée au soleil", et en bouche la sensation cette même présence minérale qui devient physique avec des côtés anguleux, voire tranchants. Marc Kreydenweiss m'avait enseigné il y a qqs année à  reconnaître les sols dont étaient issus les rieslings qu'il me faisait déguster, et j'avais fini par ne pas trop me me tromper (bbb)

Autre exemple: ce côté "poudré" décrit plusieurs fois par Jérôme sur certains chenins issus de tuffeaux. J'ai ressenti exactement la même chose: c'est physique et assez dur à  expliquer plus profondément.

Dernier exemple de minéralité: des notes salines en fin de bouche constatées par tous les participants lors de la dégustation d'un vin suisse aux LPViades.

Je ne pense pas qu'il y ait de nouvelles sensations qui apparaissent, mais plus tôt une recombinaison de sensations autrefois séparées, comme "acidité + pierre à  fusil" qui devient aujourd'hui "silex", "tranchant+graphite+notes brûlée"= "Schiste".

Il y a certainement une corrélation entre la présence de sels minéraux dans le vin et ces sensations "minérales". Je me rappelle avoir bu un vin du Clos Rebberg qui possédait une certaine sucrosité, alors que le vin n'avait pas un gramme de sucre. Cela implique une culture de la vigne qui oblige les les vignes à  descendre profondément dans le sol afin que les radicelles dissolvent la roche mère: labours, façons traditionnelles, peu ou pas de desherbants, pas d'engrais liquides et encore moins de foliaires...

L'arrivée dans le sud d'une viticulture de plus en plus qualitative peut expliquer l'émergence d'une minéralité qui ne pouvait s'exprimer autrefois pour cause de rendements plétoriques et desherbage intégral...

Evolution du vocabulaire, meilleur travail du sol: ce ne sont que quelques pistes sur cette apparition de la minéralité, mais il y en a sûrement beaucoup d'autres...

Eric



mon blog
Re: Minéralité dans le sud
lundi 07 février 2005 17:26:05
Bon, le débat s'élève d'un seul coup...

Pour moi aussi, à  l'origine, la minéralité était UNIQUEMENT liée à  certains arômes que Luc décrit et liste parfaitement : pierre à  fusil/silex frotté, craie, mine de crayon/ graphite. Néanmoins, aujourd'hui, le mot minéralité ne se limite plus à  cela. En effet, ce type d'arômes ne se retrouvent que dans très peu de vins, bien ciblés (cf. sauvignon : pierre à  fusil; syrah et cabernet-franc : graphite) alors que le terme est employé pour tous les cépages, y compris par exemple un grenache blanc à  14° une roussanne de l'Hermitage en surmaturité.

Donc, la minéralité dépasse aujourd'hui l'aspect aromatique. Une belle preuve dans la dernière RVF que je feuillette à  l'instant. Match amical Leflaive/Coche-Dury. Emploi du mot minéralité ou référence au minéral : 16 fois ! Et toujours dans les vins les mieux notés. A quels arômes de chardonnay élevés en barriques neuves fait-on allusion ? Pour moi, c'est un mystère. Pourtant, la sensation éprouvée et retranscrite par le journaliste est sincère et profonde. Mais que veut il exprimer ? Surtout dans des vins issus de millésimes très différents dont certains, à  l'évidence, très très mûrs. Il parle d'arômes de coquille d'huître. Hors, si l'huître sens fort, sa coquille nettoyée ne sens pas grand chose, même quand on la broît. Qu'a t'il senti ? Qu'à  t'il éprouvé ?

Pourquoi Jérôme et Luc (et bien d'autres et non des moindres...) rajoutent-ils les hydrocarbures ou les terpènes à  la liste des arômes minéraux, alors que toutes les études sur le muscat, par exemple, montrent bien que ces arômes ne dépendent que de la date de vendange et de la façon de presser ou de vinifier ? Pour moi, ces n'évoquent en rien le minéral. Pourtant, par facilité, pour beaucoup, le vin est n'est plus qualifié d'un arôme précis mais englobé dans un mystérieux "minéral"...

Pas plus de minéralité pour moi dans les arômes animaux, sanguins ou assimilés aux métaux, pourtant souvent décris comme minéraux, comme le souligne Luc à  juste titre.

En revanche, Jérôme aborde l'aspect de la fraîcheur, du fruit, de l'acidité. Il est clair que l'amateur de vin d'aujourd'hui a été un peu écÅ“uré des excès de concentrations des années 90 ou un IPT de 100 minimum était le but recherché (avant tout à  bordeaux et aux USA pour tenter bêtement de séduire Bob). Une envie de fraîcheur, le désir sincère d'une acidité plus forte pour contrebalancer des concentrations naturelles, quoi de plus naturel alors ? Mais pourquoi ne pas parler simplement de vin plus acide, plus frais ? Pour cela, le travail des sols et de la vigne en vert, une vendange de raisins mûrs et non surmuris et un élevage en milieu juste ce qu'il faut réducteur apporte un réel équilibre aux vins de bonne souche géologique.

Donc, minéralité = bonne acidité ? Pour moi, cela semble correspondre en tout cas aux réflexions que j'entends ou lis. En ce qui me concerne, si je sors (à  contre-cÅ“ur...) de l'aspect aromatique, je ressent parfois, surtout pour les vins blanc, une sensation plus "vive", plus "pure", plus "naturelle" qui me donne l'impression que le vin, telle une source ou un torrent, véhicule une sorte d'énergie, rare, qui me plaît. J'ai bu hier soir un champagne "substance" de Selosse qui, je l'avoue, m'a donné envie de parler de "minéralité". Cela fait il le même effet à  certains ? Si oui dans quels vins ?

En ce qui concerne le reniement de notre "négritude", je trouve le sujet passionnant et fort habilement imagé. Je me permettrait de le ressortir en te citant, Jérôme. J'aime l'idée que des vignerons suivent des voies différentes et plaisent à  des publics différents. Cela pourrait faire l'objet d'un forum à  part entière où l'on ne pourra que regretter que plus de vignerons ne s'expriment pas. Je ne vois pas en tout cas pourquoi l'école "bourguignone" qui gagne aujourd'hui du terrain en L.R. sur l'école "méditerranéenne" toujours largement majoritaire aurait le monopole de la "minéralité". Même à  plus de 15 ° et élevé en bois neuf (souvent totalement insensible dans les vins bien élevés), un grenache peut, pour moi, avoir cette netteté, cette évidence, cet éclat qui me donne envie de parler de minéralité.
Re: Minéralité dans le sud
lundi 07 février 2005 17:39:35
Deux précisions.
Hydrocarbures c'est encore un minéral. les geologues appellent ça une roche.
Deuxièmement sur les champagnes de selosse j'y retrouve du CaCo3 du carbonate de calcium que l'on peut retrouver quand on est amateur d'aspirine (nom générique et non pub pour une marque).
Celà  va faire jaser avec le sparadrap du mourvèdre.
Martinez
Re: Minéralité dans le sud
lundi 07 février 2005 18:44:34
D'abord, un vin dans lequel on ressent de la minéralité n'est pas obligatoirement réussi.
Il s'agit d'une caractéristique à  la dégustation parmi d'autres et la grande différence avec l'acidité est que la minéralité ne fait pas parti de l'équilibre d'un vin mais plutôt d'un style.
Et moi, ce qui m'intéresse quand Luc dit qu'un vin possède un coté minéral et de savoir que s'il est réussi, il y a peut-être plus de chance qu'il puisse être associé à  certains plats à  table.
A mon sens, il s'agit vraiment d'un goût combiné à  une sensation tactile qui renvoie à  une atmosphère de fraîcheur. C'est pourquoi, je pense qu'elle peut participer à  la compléxité d'un vin et donc à  une plus grande qualité (arômes) mais aussi à  un style bien particulier du fait de cette sensation tactile.

En tous les cas, quand je perçois beaucoup de fruit, une minéralité dans un vin qui a un volume intéressant, cela m'impressionne et j'aime.

Beaucoup de minéralité dans un vin droit , longiligne peut paraître trop sévère.

Sinon, sur l'emploie, je trouve quand même ce mot intéressant quand on ne peut pas décortiquer plus le description. Il traduit un ensemble de qualité de manière assez juste.
Jmm
Martinez
Re: Minéralité dans le sud
lundi 07 février 2005 18:49:04
D'autre part, j'ai déja perçu cette caractéristique lors de phases de fermeture sur des vins, avant de la voir plus ou moins disparaître après réouverture.
( mas bruguière 2000 les grenadières, Bois des merveilles...)
Est ce que cela veut dire que cette caratcéristique se place plus sur la structure du vin que sur ces arômes ?
Est-ce que cela veut dire que cette caractéristique se superpose à  d'autres, tantôt camouflée, tantôt en harmonie avec d'autres, tantôt exhubérante ?

jmm
Re: Minéralité dans le sud
lundi 07 février 2005 19:12:55
Merci de ces précisions Robert. Je ne savais pas que le pétrole était classé dans les roches, j'ai appris quelque chose.

En ce qui concerne le CaCo3, là , tu me bluffes... En revanche, en ce qui concerne l'aspirine, dans le champagne, moi, je détecte bien le côté pétillant des petites bulles de l'aspro effervescent (aaa)

Plus sérieusement, veux tu dire par là  que pour toi, la minéralité, c'est la détection ou la sensation apportés par différents sels minéraux ? C'est le thème développé dans Viti par D. Lefebvre dernièrement. Un article passionnant. Malheureusement, pour ma part, gustativement, je ne ne ressent pas ce genre de sensations où n'ai pas l'habitude d'y prêter attention. Tu peux développer ? Ca m'intéresse. J'ai à  500 mètres de la cave la plus grande carrière de carbonate de calcium de France, c'est soi-disant un des plus pur du monde et mes vignes en sont truffées... Mais comment s'exprime donc ce goût ? Faut-il (et je parle sérieusement) "goûter" les cailloux ? Sinon, comment "retrouver" le CaCo3 ? Je vois bien "l'odeur" d'une plaque de schiste au soleil. Mais le goût du CaCo3, j'ai plus de mal. Y a t'il d'autre minéraux qu'il faut "goûter" ? Cultiver d'une certaine façon rendrait-ils les raisins plus ou moins riches en CaCo3 ? Est ce le cas de Selosse ? Car une grande partie de la Champagne étant sur de la craie, tous les champagnes n'ont pourtant pour autant pas de "minéralité" ? Ou est une façon de vinifier ?

L'aspect "salin" de certains vins dont Eric témoigne me semble aussi très pertinent. Y a t'il d'autres expérience ?

Enfin, je suis assez d'accord avec Martinez quand il parle de "sensation tactile" couplées à  une impression de "fraîcheur". C'est souvent ainsi qu'à  mon avis les dégustateurs l'emploient aujourd'hui. Je suis aussi d'accord avec lui aussi qu'il décrit ainsi sans aucun doute un vrai ressenti.
Je ne dis pas qu'il ne faut pas employer le mot minéralité. Mais quand je lis son C.R. ou un C.R. de jérôme, luc, martinez, robert ou éric, comment comprendre ce qui se cache sous ce mot puisque chacun a sa propre idée de la chose ? Ne faudrait-il pas "normaliser" un peu ce mot pour que l'on puisse communiquer entre dégustateur.

"Snobisme", "dictature", "facilité" ce sont des mots forts mais très vrais qui exprime surtout pour moi l'aspiration profonde de l'amateur de vins à  communier avec la terre. Si on fait pas attention, on risque de bientôt retrouver de la "minéralité" sur les contre-étiquettes de vins vendus chez Lidl...
Re: Minéralité dans le sud
lundi 07 février 2005 19:32:40
avatar
Pour l'aspect salin, je me demande si cela n'est pas dû à  la conjonction de cépages à  forte acidité avec des micro climats très chauds, comme le valais en est un bon exemple.
Aussi nous étions nous amusés avec Henrich Mà¶bitz en mangeant cette raclette en Valais à  demander "le terroir" en parlant de "la salière"!
Re: Minéralité dans le sud
lundi 07 février 2005 20:34:39
avatar
Monsieur Bizeul,

En ce qui me conerne, j'utilisais, ou plutôt, j'identifiais la minéralité dans le sens où Luc l'entend : des évocations arômatiques convergeant vers les aspects terreux comme le silex, la craie que je trouvais dans les vins de Sauvignon de la Loire ou dans le Chardonnay de Chablis.

Avec l'âge, si j'attribue toujours ce côté minéral aux même vins, je constate que je l'emplois de plus en plus fréquemment pour pas mal d'autres régions et notamment sur les rouges de Syrah, sur des vins rouges de Bordeaux, sur le viognier de Condrieu etc. ...

En réfléchissant, je m'aperçois que tout compte fait j'emplois très souvent le terme minéralité où le terme fraîcheur/acidité serait peut-être plus opportun.

Parfois aussi, j'identifie la minéralité à  des notes me rappelant les agrumes. Et je me demande si je ne confonds pas amertume élégante et minéralité.

A titre d'exemple, j'ai dégusté ce vendredi 1 Corton-Charlemagne 2000 de chez Rollin, 1 Le Corton 2000 (blanc) de chez Chandon de Briailles et 1 Meursault Genevrières 2001 de chez Ballot-Millot.

La finale du Meursault était ... minérale avec cette impression que la fraîcheur était apportée par un côté "pierreux".
Il s'agissait peut-être simplement d'une belle acidité, bien intégrée apportant ce côté très frais au vin alors que le corps était assez structuré et ample.

Je reconnais humblement que le terme minéralité est un peu le terme "fourre-tout".

Quand le vin présente :

- Une belle fraîcheur ;
- Ou un côté terreux (silex) ;
- Ou une acidité élégante ;
- Ou des agrumes nobles etc. ...

J'écris indifféremment qu'il s'agit d'un côté minéral, que ce soit olfactivement ou lors de la dégustation.

En tentant de me corriger, je dirais que, selon moi, le terme minéralité (à  l'odorat ou au goût) devrait être utilisé pour des arômes ayant un côté plutôt terreux.

Voici ma modeste contribution.

Cordialement,

Olivier MOTTARD

Re: Minéralité dans le sud
lundi 07 février 2005 21:13:30
Olivier,

Je suis comme Luc et toi.
Pour moi, la minéralité, c'est le silex du chablis, la mine de crayon des médoc, la craie des chenins de loire et le pétrole du riesling.

Mais, actuellement, la minéralité, on en trouve partout...

Je suis un peu largué et je remercie donc Hervé Bizeul d'avoir ouvert ce débat qui va me permettre de mieux comprendre les évolutions récentes.


Amitiés à  vous tous,
Thierry
Re: Minéralité dans le sud
lundi 07 février 2005 21:22:52
le pétrole est certes, classé dans les roches ;mais c'est de la matière organique, et non pas minérale, comme peut l'être le CaCO3 (carbonate de calcium), sous forme minérale ( calcite, aragonite, etc... ), et surtout dans les roches calcaires.
Re: Minéralité dans le sud
lundi 07 février 2005 21:25:52
avatar
Thierry,

Sans honte, j'avoue aussi (entre les ignes !) avoir été largué.

A force de vouloir s'approcher de la perfection ou de ne rien vouloir omettre en dégustant, il arrive parfois un moment où quand je ne savais plus exprimer simplement une belle fraîcheur ou une belle acidité, ben ça devenait de la minéralité. (jjj)

Et bien sûr tout à  fait d'accord sur le Riesling et le Chenin !

Cordialement,

Olivier

Re: Minéralité dans le sud
lundi 07 février 2005 21:30:55
Merci, Daniel,

Pour cette mise au point.

Toujours heureux de te lire,
Thierry
Re: Minéralité dans le sud
lundi 07 février 2005 21:35:04
Pour moi, la minéralité n'est pas uniquement une composante aromatique, c'est surtout une perception structurale qui évoque la dureté (+/- marquée) de la pierre et des minéraux : notes fumées et structure argileuse de La Mailloche, par exemple, caractère tranchant du silex, évidemment, dans les vins de Sauvignon de Pouilly, chez Dagueneau entre autres. Cela peut tout à  fait fusionner avec une perception acide assez marquée, rendant le vin dur. Les notes d'hydrocarbures sont plus ambigà¼es: variétales sur un riesling insuffisamment mûr (la constitution du vin est là  pour le démontrer!), elles peuvent refléter une certaine minéralité, tant dans un riesling de noble origine que sur un vieux Château Chalon, où je les ai déjà  éprouvées à  plusieurs reprises. La minéralité dans un Vouvray de Huet, c'est pour moi la sensation de sucer des cailloux quand je le bois (la métaphore est de Vincent!).

Je dois avouer qu'en ce qui concerne les vins rouges, j'ai beaucoup plus de mal à  percevoir une sensation minérale. Est-ce que les notes métalliques du Marcillac sont dues au terroir ou au cépage?

De toute façon, le problème est évidemment complexe, car si le terroir se révèle (en principe) au vieillissement, on ne peut guère considérer les notes tertiaires des très vieux vins comme étant des notes minérales. Il est à  mon sens évident que la minéralité sera plus facile à  apprécier dans le cas d'un monocépage cultivé sur des terroirs supposés différents (Pinot Noir et Chardonnay en Bourgogne, bien sûr, mais aussi Chasselas ou Petite Arvine en Valais, par exemple) puisque l'unique variable est le sol (sous-entendu climat, au sens bourguignon du terme).

Dans le cas particulier de la Petite Arvine, la salinité n'est pas à  mon sens une composante minérale, mais provient plus du cépage, lorsque celui-ci est vinifié proprement.

Ce qui semble certain, comme l'a évoqué Hervé, c'est que la sensation minérale est une sensation "en profondeur", témoignant de la complexité et de la densité du vin, et que certains vins donnent parfois cette impression sans que l'on puisse forcément l'expliquer.

Olif

Re: Minéralité dans le sud
lundi 07 février 2005 21:53:10
Merci, Olivier,

J'ai pendant longtemps mis de côté la dimension "structurale" que tu soulignes...
Tout en la rencontrant parfois dans certains crus, comme Cassis, avec sa salinité en finale...
La salinité y serait, m'a-t-on dit, le résultat de la chaleur dans ce vignoble en "cirque" sur le cépage...
Mais, effectivement, arôme ou élement structurel?

Je me régale: je sens que je vais apprendre beaucoup

(bbb)

amitiés,
Thierry
Re: Minéralité dans le sud
lundi 07 février 2005 21:53:25
avatar
Débat intéressant en effet car il tourne autour d'un certain nombre de questions essentielles :
- le vocabulaire de la dégustation est un langage qui n'est effectivement pas compris de la même façon par tout le monde, d'où d'innombrables "dialogues de sourds" de gens qui disent la même chose mais différement. Il est donc important de le clarifier
- l'intérêt des descriptions dans les CR de dégustation. Je sais que personnellement la plupart des CR m'intéressent mollement parce qu'ils ne s'intéressent qu'à  des aspects pour moi secondaires d'un vin, à  savoir le "goût des arômes". Je me tape de savoir si un vin sent la violette ou le jasmin, du moins dans un premier temps. Or la plupart des dégustateurs ne parlent que de ça. Ce qui m'intéresse, et la plupart d'entre vous aussi j'en suis sûr, c'est la structure du vin, sa forme géométrique, les sensations tactiles qu'il procure. Pour résumer au plus simple, je n'achète pas un vin parce qu'il sent la vanille ou la rose, mais parce qu'il est large ou tendu, qu'il a de l'épaisseur, etc.
- la minéralité, pour en revenir aux sources du débat, c'est effectivement un mot à  la mode. Il faut donc s'en méfier et surtout s'entendre sur ce que ça veut dire. Personnellement je ne suis pas de ceux qui associent minéralité à  une certaine fraîcheur ou acidité ou à  un équilibre "septentrional". Je trouve que certains liquoreux ont de la minéralité et les vins sudistes aussi. A mon avis, la minéralité c'est quand même un peu lié au sol, c'est un goût qui vient de la terre et parfois un goût de terre. Peut-être que je me fais un film... En tout cas je ne réduis pas la minéralité au goût de pierre à  fusil de certains vins et pour moi le côté soit-disant minéral du riesling (hydrocarbure) est la plupart du temps un défaut de maturité et de vinification. A bien y réfléchir il est vrai aussi que je n'ai pas en tête de mauvais vins avec de la minéralité. Le caractère minéral est donc associé à  quelque chose de positif. Par exemple, vendredi dernier j'ai dégusté un sublime muscadet 1998 de Guy Bossard (Domaine de L'Ecu, cuvée Granit) qui était d'une superbe minéralité (mot que j'ai employé alors à  maintes reprises). Si j'essaye d'analyser, il y avait une sorte de retenue dans ce vin, pas vraiment de l'austérité, mais une certaine réserve à  se livrer. Pour moi c'est un vin "élevé" (comme élévation, pas comme élevage !), qui dévoile son charme petit à  petit et pas dès le première gorgée, qui propose des arômes terriens avec des touches de mousseron, un vin droit, tendu, pur. Ceci dit, je pense qu'on peut trouver aussi bien de la minéralité à  des vins sudistes quand ils sont bien faits et ne se laissent pas aller aux facilités qu'autorisent le climat. Dans les derniers vins je dirait par exemple que la cuvée Carco dans les Patrimonio d'Antoine Arena est un vin minéral, de même que le blanc D18 d'Olivier Pithon dans le Roussillon (ou ceux de Gauby évidemment), les rouges de Peyre Rose (surtout le Clos de Cistes), le Montpeyroux d'Aupilhac, etc. Et pourtant ces derniers n'ont rien d'austère...

Que le débat continue !



PhB
Re: Minéralité dans le sud
lundi 07 février 2005 21:54:21
avatar
La salinité de mon point de vue n'est pas le seul fait de la petite arvine en Valais. Je la perçois sur d'autres vins de cette régions: alors, cépage? Terroir? Climat?...
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