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Vin des Glaciers

Envoyé par oeno.ch 
Vin des Glaciers
lundi 16 septembre 2002 23:03:32
Bonjour,

Bien que professionnel de la branche je suis en manque d'informations écrites et historique sur le vin des glaciers

j'en connais bien entendu les rudiments mais je recherche en fait des documents écrits sur le sujet pour en faire un travail de mise à  jour des connaissances actuelles sur ses origines

celà  peut sembler étrange mais mon plus grand moment de jeune dégustateur fut lorsque je pu déguster avec Dominique Fornage et Stéphane et Madeleine Gay le vrai vin des glaciers de grimentz dans un verre pro en salle de dégustation

quel vin! un nez certes oxydé mais riche de complexité, plein de ces notes inexprimables car trop uniques dans un vin (noix, oléagineux, hydrocarbures)

en bouche une profonde harmonie, une expression de pérennité extrême et une amertume inoubliable par son originalité

j'en ai gardé deux dl du tonneau de 1848 en vidant les fond de verre

mais depuis je cherche toutes sortes de documents sur le sujet et peut-être quelqu'un peut m'en procurer car à  vrai dire à  part des anecdotes de vive voix, les écrits sont soit rares soit inexistants

au hasard de vos rencontres merci d'y penser

sinon le Glacier produit par le Château Ravire n'est pas suffisant au niveau de la comparaison avec le VRAI et ceux des autres caves comme l'Escalier de la Dame à  Saxon est une plaisanterie de mauvais goût (on dirait un vin de l'année!)

à  part ça le lacrima 96 a des faux airs de vin des glaciers au niveau du bouquet et il reste à  mes yeux un des cinq meilleurs liquoreux valaisans jamais produits (quel nez!)

Xavier
Re: Vin des Glaciers
jeudi 19 septembre 2002 02:12:11
Xavier,

Je n'ai malheureusement jamais goûté le "vrai" vin des glaciers et je vous envie un peu pour votre expérience. C'est vrai qu'il est très difficile de trouver des documents écrits sur ce vin unique. J'ai eu la chance d'avoir accès aux inestimables volumes de "Ampélographie" de Viala et Vermorel (parus entre 1901-1910) et d'en faire des photocopies. Vu l'intérêt de ce vin, vinifié à  la manière du système de solera en Andalousie, de ce texte et la réputation de son auteur, je prends la peine de vous transcrire ici la partie concernant le vin des glaciers rédigée par Adrien Berget, célèbre ampélographe français.

Référence :
A. BERGET; 1904: Rèze. In: P. VIALA and V. VERMOREL: Ampélographie. Paris, Masson. Vol. 5.

p. 43
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Les moûts de la Rèze sont actuellement vinifiés dans le Valais de deux façons : ou commme les vins blancs ordinaires de Fendant (...) ou à  la vieille méthode valaisanne (...). La méthode valaisanne a pourtant donné plus d'illustration aux vins de Rèze. C'est en effet par elle qu'on produit avec ce cépage le vin si particulier et si célèbre en Suisse, connu des touristes qui vont admirer à  Zermatt le panorama du Cervin, le vin dit du Glacier (Gletscherwein).
Pour cette préparation, dès que la cuve a cessé de fermenter, les vins de Rèze sont entonnés dans des fûts de mélèze. Ils y passent l'hiver à  Sierre et après la fonte es neiges sont expédiés par charrois à  Grimenz, dans le Val d'Anniviers, à  l'altitude de 1'570 mètres. Là , dans les flancs neigeux des Becs des Bossons (3'160 mètres), à  3 km d'un glacier, existent de vastes caves naturelles où les vins sont mis à  vieillir dans des foudres qu'on ne vide presque jamais. La nouvelle récolte vient y remplir les vides de la vente annuelle, se mêlant aux produits des vendanges successives de 25 à  30 années. Dans ces foudres, le vin se madérise d'abord, puis prend une saveur de térébenthine particulière qui caractérise le vrai Glacier. Provient-elle du mélèze où les vins ont été enfermés ou des fermentations secondaires qui ne manquent pas de se développer dans ces conditions étranges et amènent parfois la perte de quelques foudres ? Si nous penchons vers la première opinion, les Valaisans, qui prétendent qu'elle se développe même dans des fûts de chêne, sont pour la seconde. Quoi qu'il en soit et quelque réserves qu'on puisse faire sur le necessité et même l'excellence de ce mode de traitement un peu primitif, il n'en est pas moins vrai que le Gletscherwein est un vin des plus originaux. Très spiritueux et d'une blancheur remarquable, il conserve toujours une acidité assez élevée, et pendant quelques années une certaine proportion de sucre non décomposé. Il se distingue par un bouquet très prononcé, suivi du déboire caractéristique que recherchent les amateurs. Trop sec pour nous rappeler le Sauternes, il nous paraît pouvoir être mis en parallèle avec les produits de tête des vignobles des vallées du Rhin et de la Moselle. Comme notre Château-Chalon jurassien, dont la vinification présente bien des analogies avec la sienne, c'est un de ces produits de terroir assez nombreux dans les petits vignobles de montagne et dont la faible production paralyse seule l'expansion de la réputation bien méritée.
Aujourd'hui, le Rèze-Glacier, comme on le dénommait autrefois, n'est plus produit avec les vins de la Rèze seule. Ceux des Fendants et de la Malvoisie (Pinot Gris) s'y mélangent en notable proportion.
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Amicalement

José Vouillamoz



Jose Vouillamoz
Re: Vin des Glaciers
jeudi 19 septembre 2002 07:52:17


Chaque apparition sur le net de José Vouillamoz est un régal. Vraiment impressionnant de culture.
Merci,

laurentprobst
Re: Vin des Glaciers
jeudi 19 septembre 2002 19:20:11
avatar
Xavier

je n'ai pas d'infos sur les vins des glaciers.

sais-tu si on fait encore de tels vins aujourd'hui ?

Je suis presque d'accord sur le Lacryma 96, dont il me reste quelques bouteilles en cave, sauf que je lui trouve un peu trop de volatil. A part ces deux tout petit bémols, , c'est vrai que c'est un nez d'une complexité fabuleuse et un vin qui atteint des sommets.

Nous l'avons goûté lors du RAVS, à  côté de l'Ambre de C. Abbet et d'une marsanne de Chappaz notamment.

amicalement

Yves Z
Re: Vin des Glaciers
jeudi 19 septembre 2002 23:21:53
La je suis assis! j'avais oublié la bible qu'est cette encyclopédie ampélographique et que mon oncle possède mais as-t-on le temps d'en profiter. Merci beaucoup pour ce texte qui est une vrai mise au point historique et quelle érudiction pour penser d'aller chercher ce texte parmi des centaines de pages!

en fait nous manquons d'écrits sur le patrimoine historique des vins valaisans; on nous reproche notre manque de culture viticole, mais ce qui nous manque ce sont des écrits sur ce passé

le forum est également lu par des personnes ne souhaitant pas s'exprimer car j'ai reçu sur mon site un mail d'une ex-étudiante de l'école de tourisme de sierre qui a fait un travail de diplôme sur ce vin, je vous tiendrai au courant dès que j'aurai le document

voici un petit texte inédit qui est sur le sujet et que Paul Vetter a écrit :
***********
Michel Savioz est l'heureux seigneur de ces lieux chargés d'histoire (cf. encadré). Il y cultive de nombreuses spécialités parmi lesquelles une rareté : la rèze. « J'en ai deux parcelles qui représentent quelque 3000 mètres carrés », explique l'ingénieur Å“nologue. Pas mal quand on sait que l'ensemble des surfaces de rèze du canton excède à  peine les 7000 mètres carrés. « Mon père en avait quelques treilles. J'ai planté le reste en 1982 et 1986. »

On peut se demander ce qui a séduit le châtelain de Ravire dans ce rustique cépage valaisan. La démarche s'explique surtout par la passion que voue le Sierrois au Vin du glacier. Originaire du Val d'Anniviers Michel Savioz est très probablement le seul professionnel à  commercialiser en bouteilles ce breuvage ethnologique tout en possédant des caves ancestrales dans le Val d'Anniviers, à  Ayer. Et qui dit « glacier » dit aussi rèze, même si aujourd'hui d'autres cépages l'ont souvent remplacée dans les tonneaux des caves anniviardes.

La rèze du Château de Ravire est aussi commercialisée pour elle-même. Elevée dans de grands foudres de chêne, elle est vinifiée de manière traditionnelle. Michel Savioz laisse au vin le temps de s'assouplir avant de le mettre sur le marché. Il vend aujourd'hui le millésime 1997. « C'est un vin assez vif, marqué par des notes de pain d'épice et de citron. Il accompagne idéalement le poisson grillé, la raclette ou la fondue », note l'Å“nologue qui rappelle que ce vin vieillit très bien puisque son apogée se situe probablement entre 5 et 10 ans.

Michel Savioz ne met pas chaque année de la rèze en bouteille. Tout dépend de la demande et de ses besoins en matière de Vin du glacier. Là , l'encaveur l'assemble avec de l'ermitage (marsanne blanche) et de la malvoisie (pinot gris). « Chaque cépage est vinifié séparément, à  Ravire. Il n'y a pas de recette. Les proportions dépendent de la dégustation et des disponibilités », explique le châtelain de Ravire.

Contrairement à  ce qui se fait généralement, les tonneaux de Vin du glacier de Michel Savioz sont complétés tous les trois à  quatre mois. Il évite ainsi les fortes oxydations qui rebutent tant les détracteurs de ce breuvage. Chaque fût est donc différent et contient de nombreux millésimes. En fonction de ses besoins, l'encaveur assemble un vin volontairement assez « sage » et le met en bouteilles: « Ces mises - en moyenne un millier de cols - ont lieu tous les trois, quatre, voire cinq ans. Mes bouteilles de Vin du glacier ne sont naturellement pas millésimées puisque leur contenu résulte de nombreuses vendanges. »

Dépositaire d'une longue tradition, Michel Savioz la maintient avec passion. Pas question pour lui de parler de son Vin du glacier sans faire le détour d'Ayer, de visiter ses quatre caves, d'admirer sa série impressionnante de foudres de mélèze, de comparer leur contenu. Du « glacier » traditionnel - marqué par la livèche, le thé noir, la térébenthine ou la noix - à  des crus plus « civilisés », la gamme se décline en autant de nuances que de tonneaux. Pour lui, le Vin du glacier, c'est tout cela ! Les bouteilles, elles, sont anecdotiques ; tout au plus permettent-elles à  ceux qui n'ont pas la chance de passer en Anniviers de découvrir ce vin de tradition, ou à  ceux qui ont eu ce bonheur de le faire partager plus tard à  leurs amis.
*****************

Vraiment ce vin représente une source pour aaseoir notre culture viticole, qui serait intéresser à  organiser une visite du Château ravire, de la cave d'Ayer puis de la mythique cave de la bourgeoisie de Grimentz? Je pense que la soirée pourrait être consacrées à  la dégustation de vins de type oxydatif comme le lacrima 96 ou le Tourbillon 94 (j'en ai encore une, si, si)

à  organiser en hiver si intérêt

salutations
Re: Vin des Glaciers
vendredi 20 septembre 2002 07:36:51
avatar
Xavier

je pense qu'il y aurait un intérêt certain, culturel et dégustatif, à  une telle visite

espérons qu'elle puisse se faire.

amitiés

Yves Z
sam
Re: Vin des Glaciers
mardi 01 octobre 2002 17:07:48
Xavier,

J'étais tombé une fois par hasard sur ce compte-rendu, mais je ne sais pas du tout ce que vaut le bouquin.


[www.revues.org]

Sam
Livres : les vignobles des pays du Mont Blanc
mardi 01 octobre 2002 19:04:27
avatar
voici l'article cité par Sam (merci)

salutations

Yves Z


Maurice MESSIER, Les vignobles des pays du Mont Blanc : Savoie, Valais, Val d'Aoste, Grenoble, Revue de géographie alpine, 1998, 320 p.

Gilbert GARRIER
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Cet ouvrage superbement illustré de vues anciennes et de photographies en couleurs reprend l'essentiel d'une thèse de géographie et devrait intéresser les historiens, à  plus d'un titre. Le paradoxe n'est qu'une apparence, le Mont Blanc évoque les neiges éternelles et non la vigne et l'économie de la haute montagne, en France, comme en Suisse ou en Italie, se fonde plus sur l'élevage, le tourisme ou l'hydroélectricité que sur la viticulture.

Et pourtant, le revenu viticole constitue aujourd'hui 53 % du revenu agricole en Valais, 22,5 % en Savoie, 3 % en Vals d'Aoste et 1,4 % seulement en Haute-Savoie. De tels écarts s'expliquent par l'histoire politique et par la pertinence de choix économiques contemporains. Le Valais, c'est le " midi de la suisse " et le berceau de ses vins. Les vignobles de Savoie et du Val d'Aoste ont été – même tardivement – insérés dans des à‰tats à  forte tradition viti-vinicole et soumis à  la concurrence d'autres régimes plus privilégiés. Un autre facteur économique déterminant à  été, au début de ce siècle, le choix savoyard de cépages américains directs ou hybrides, rustique, peu coûteux en traitements et en soins culturaux et très productifs et très **** d'un vin médiocre pour la consommation locale, d'où le déclin accéléré après 1930 et la disparition quasi totale de la viticulture en Haute-Savoie ; d'où aussi la réaction savoyarde couronnée par l'obtention en 1974 de l'Appelation d'origine contrôlée (après 20 années de " purgatoire " au sein du VDQS) et l'émergence de crus justement appréciés et valorisés par le tourisme gastronomique et sportif (Jeux olympique d'Alberville).

Maurice Messier ajoute à  l'analyse économique des talents de lecteur d'ouvrages anciens et d'enquêteurs ethnologues. Son livre, j'allais écrire sa cave, renferme d'autres trésors. En premier lieu, un inventaire exhaustif et dévalué des cépages à  partir de plusieurs traités d'ampélographie générale ou locale mais aussi de documents d'archives. On lui pardonnera d'identifier la vitis allobrogica de plaine à  la seule mondeuse savoyarde ou valaisance, en oubliant la syrah de la vallée du Rhône. On excusera quelques confusions dans le fouillis des synonymes et des approximations locales. Mais il montre bien que le Valais est un véritable conservatoire d'espèces anciennes : l'humagne (vinum humanum), pourquoi pas ?, la rèze, l'amigne (c'est bien l'aminea de Caton, de Virgile et d'Horace), l'Arvine ; il nous révèle le gringet de Chablais et le persan de la Maurienne ; il nous fait découvrir cette étonnante tribu des orions, petits rouges valdotains au sein d'un éventail riche de 47 espèces en 1995, un record.

Dans les techniques anciennes de culture remarquablement décrites, l'accent est mis sur la spécificité montagnarde des vignes hautes, les hautains ou hutains : treilles, pergolas du Val d'Aoste et crosses hauts savoyards (marin) sur des arbres morts. Dès le XVIIIe siècle, un riche propriétaire et agronome savoyard, le marquis Costa de Beauregard, avait conseillé ce mode de conduite, car il libérait de la place pour d'autres cultures alimentaires et fournissait un vin peu alcoolisé, " très sain..., rafraîchissant..., donnant de la vigueur et de la gaieté ".

Le chapitre sur les vendanges fait lui-aussi une large part à  l'histoire, avec l'évocation détaillée du ban des vendanges, étendue en 1559 par le duc de Savoie à  tous ses à‰tats, aboli en 1790-1794 mais rétabli par l'usage et codifié par des arrêtés préfectoraux dès 1800, et encore en usage aujourd'hui. Vendanges montagnardes avec des techniques particulières et une grande dépense de travail humain chez les proteurs de brinde (hotte) de gerle (caveau de bois) ou de bosses (outres en peau de chèvre pour transporter les raisins pressés). Mais il n'est curieusement et fâcheusement rien dit des techniques anciennes de vinification.

On aimerait aussi en apprendre davantage sur les structures rurales anciennes et contemporaines et sur les formes communautaires des travaux. Les pages consacrées à  la coopération sont bien meilleures : elle est relativement précoce en Valais (1929 pour quatre caves regroupées en 1934 dans l'association Provin, toujours en place), plus tardive chez des vignerons savoyards très individualistes (1939 à  Cruet, 1947 ailleurs) retardée jusqu'en 1960 par l'émiettement et le manque de débouchés du vignoble valdotain.

Enfin " l'histoire culturelle " de ces vignobles reste à  écrire, car elle va bien au-delà  d'une simple énumération de proverbes, de chansons et de quelques textes littéraires, où on s'étonnera de l'absence de CF Ramuz. On relèvera aussi dans la bibliographie quelques coquilles (Reynaud pour Peynaud), un fâcheux mélange des ouvrages anciens et des études contemporaines ; la pagination et la tomaison sont très irrégulièrement précisées. Mais, au total, ce livre, vif et vigoureux comme un fendant valaisan, se lit avec plaisir et profit.
Re: Vin des Glaciers
mardi 01 octobre 2002 21:37:37
merci encore une fois, je ne connaissais pas, très intéressant en effet, je vous promet bientôt le travail de diplôme de la fameuse étudiante qui rédigea un mémorandum sur le sujet

salutations

xavier
Michel Savioz / Clos Château Ravire - Glacier d'Anniviers
vendredi 10 février 2012 07:39:26
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Michel Savioz / Clos Château Ravire - Glacier d'Anniviers
Nez intense sur la pomme pourrie, huile pour le bois, noix, poix, bois mouillé. Vraiment très curieux comme nez. Mais bien que la pomme pourrie soit bien envahissante, il y a une bonne profondeur et il y a un côté qui me rappelle les Sherry qui me charme.
En bouche le vin est moyennement puissant, tendu par une belle fraîcheur, matière aérienne même si l'aromatique est plus "terrienne". Touche tannique en finale et superbe longueur.
Je suis charmé mais reste surtout surpris. A essayer à nouveau.

Bertrand
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