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Une bouteille de la semaine un peu particulière, sans doute plus empreinte d'humanité qu'à l'accoutumée, une histoire qui me touche parce qu'elle est une partie de celle des miens.
Pedro a quitté son village andalous à l'âge de trois ans, contraint de vivre plutôt que d'y mourir. Il est devenu Pierre de l'autre côté de la frontière, dans un pays qui l'a accueilli, mais n'a cessé de vivre et de revivre cette histoire, son histoire, une page de celle peu glorieuse de l'Europe qui a préféré tourner le regard et laisser un peuple, une nation, des frères, s'égorger.
Tout ce qu'il est aujourd'hui, à plus de soixante dix ans, s'est forgé au fourneau de cette période, avec une quasi obsession, cicatrice, plaie non pansée, traumatisme d'une enfance meurtrie, peuplée de morts et de combats, de sang et d'or.
Benito, lui, est né sous le règne de la bête immonde, ses parents n'ont pas eu, au contraire de leur cousin, à partir : on les a laissé vivre sur leur terre, dans ce village qui a connu les pires horreurs, les pires sévices, comme celui de cet homme qui a creusé sa tombe dans la rue avant d'être tiré par des chevaux jusqu'à rejoindre le trou qu'il avait creusé sous les yeux de sa mère. Benito n'a eu de cesse, lui aussi, de s'intéresser à cette histoire ; il a œuvré pour que soient reconnus les charniers et ce sont aujourd'hui des stèles et des monuments qui sont érigés là où des républicains ont été massacrés. L'Espagne se retourne avec dignité sur son passé.
Ces deux hommes se sont retrouvés, cousins, frères, amis, liés à jamais par le sang et par cette histoire. Des retrouvailles dues à l'Internet qui relatait les actions de Benito que Pierre pouvait découvrir en direct dans la presse en ligne.
Et Pierre redevenu Pedro est allé sur ces lieux de mémoire, pour commémorer les siens, mais aussi pour retrouver Benito ; un pèlerinage, comme une thérapie qu'il a attendue soixante dix ans. Dès lors, cette famille recomposée ne se quitte plus et Benito a fait lui aussi le chemin qu'a fait Pedro enfant, pour connaître les autres membres de la tribu : dans ces bagages, une bouteille de Montilla Moriles pour le cousin que je suis, qui porte en partie son nom : Pérez Barquero, mais surtout un nom de circonstance : Los Amigos. |
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La robe de ce vin est or pâle aux reflets verts, avec beaucoup d'éclat.
Le nez ne trompe pas et évoque immanquablement les vins d'élevage sous voile. Le Pedro Ximenez de Montilla se démarque des finos de Xerez élaborés à base de palomino, par plus de finesse à mon goût (ce qui est sans doute lié au fait qu'ils ne sont pas toujours fortifiés) : on retrouve bien ces notes de curry, de noix, mais la noisette est plus intense et un côté floral apparaît.
La bouche est très équilibrée, avec des saveurs marquées par l'élevage en solera, mais également avec une certaine gourmandise. Bien entendu, ce qui marque le plus la dégustation, c'est cette grande fraîcheur et cette longueur que peu de secs partagent avec ces vins d'élevage oxydatif. Les saveurs de noisette restent présentes très longuement. C'est un vin sans lourdeur, le compagnon idéal des apéritifs estivaux. Une belle bouteille très accessible. Si on aime ce type de vin, très particulier, l'Andalousie est sans doute un paradis qui offre des vins de très grand caractère à des prix très attractifs.
Pour plus d'information sur cette appellation, je vous conseille cet excellent article : http://www.abrege.com/lpv/spain14.htm
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