Et ce vin, s’il ne suscitera pas la controverse sur sa qualité, la suscitera sans doute sur son prix ; il le suscité déjà en moi.
Combien peut valoir un tel vin ? Quel est le prix du bonheur ? Le bonheur a-t-il un prix ? Est-il réservé à quelques uns ? Combien parmi ceux qui vont acquérir ce vin seront capables de l’apprécier à sa juste valeur (juste valeur, on y revient !) ? Combien de fous amoureux de vins totalement passionnés l’estimeraient comme il se doit et ne le goûteront jamais faute d’avoir les moyens de l’acquérir ou encore par conviction refuseront de payer ce prix pour une bouteille de vin?
D’autres questions se posent à moi : J’ai rencontré Jean Luc Thunevin, j’ai été séduit par l’homme, j’ai été capté par son regard acéré sur toutes choses, sa vivacité, sa capacité à déstabiliser, à sonder pour savoir à qui il avait à faire (affaire !) et j’ai été totalement impressionné par sa connaissance du marché et sa capacité à évaluer le vin, jusque dans son prix. Je lui avais porté quelques bouteilles : Limbardié tradition 2001 et Lo Vielh 2000. Le coquin, s’il les a appréciées, en a donné le prix quasiment exact ! (Il s’est juste trompé sur Rotier 2002, mais qui n’aurait pas été bluffé ?)
Alors je me dis que si ce vin a été propulsé sur le marché à la centaine d’euros, ce n’est sans doute pas par hasard.
Mais quand même …
2500 bouteilles de ce grenache noir dont les ceps ont entre 80 et 100 ans d’une parcelle de 2 hectares de schistes et de calcaire, des rendements ridicules, un élevage de 18 mois en barriques neuves de 300 et 600 litres. Est-ce là la clef du succès ? Ce vin n’est-il beau que parce que des procédés bien spécifiques lui ont été appliqués ? A-t-il été calibré dès avant d’être fait pour entrer dans cette « niche » à son premier millésime, (celui-ci)? Je n’ose le croire et quand bien même : je m’incline comme je me suis incliné devant la cuvée Charles Dupuy du Mas Amiel ou la cuvée Jean Sirven du domaine Bertrand Bergé. Peu de vins m’ont laissé ce sentiment de plénitude, peu de vins m’ont procuré cette délicate extase gustative. Moi qui aime les vins du sud, j’ai été servi… Et si ma réserve de ce vin est nulle, mes réserves posées initialement demeurent … Mais j’ai aimé, totalement, alors je m’abandonne, je lâche les armes pour un moment et je dis mes paradoxes.
Je voulais en faire un commentaire, j’en ai fait beaucoup de questions, qui finalement résument assez bien le fond des débats sur le forum de « la Passion du Vin » depuis quelques temps ; une discussion récurrente qui semble immuable et sans fin.