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Domaine de Frausseilles, La Maze 2004
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Château de Frausseilles, l'atypicité gaillacoise ?
Typique, atypique, terroir, goût de terroir, cépages indigènes, cépages internationaux : au bout du compte, du vin, et dans tous les cas, des hommes qui l'ont fait ou qui ont aidé à le faire.
Qu'est-ce que du Gaillac ? Qui le sait ? A quoi doit-il ressembler ? Bien savant celui qui a la réponse ; En revanche, il y a de nombreux candidats pour répondre au pendant ; Qu'est-ce que n'est pas un Gaillac ? Sorte de réponse par défaut pour des vins, même sans défaut : Château de Frausseilles pourrait bien être la réponse, ou une réponse. Réponse sans doute rapide, bornée de préjugés, chargée d'opinions voire d'idéaux, connotée comme toutes choses, dès lors que nous débattons sur le vin. Parce que, qu'on le veuille ou non, les grappes qui ont engendré ces vins ont bien poussé sur des ceps enracinés dans cette terre du plateau cordais. Et, bien avant les nouveaux propriétaires, ces fameux cépages non typiques de l'appellation avait bien été plantés là par des indigènes, indigents peut-être, mais pas indigne du pays qui était le leur.
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Parce que les règles de l'appellation sont strictes (ce n'est pas une critique), imposant braucol et duras dans l'encépagement des surfaces et bientôt dans l'assemblage des vins, les actuels propriétaires se sont libérés de ce carcan pour pouvoir élaborer des vins comme ils le souhaitaient : les vins portent le label « Vin de pays des côtes du Tarn », ou même « vin de table ». Cependant, merlot, cabernet et syrah sont bien autorisés dans l'aire d'appellation Gaillac, mais pas comme mono cépage. Voilà alors que les passions se déchaînent à propos des cuvées produites sur ce domaine, au nom de leur non représentativité de l'appellation. Mais est-ce l'unique raison ? Certes non : il faut encore préciser que le maître des lieux est un riche allemand, noble de surcroît, (le comte de Thun und Hohenstein), qu'il a fait appel pour le conseiller à un illustre œnologue italien (Ricardo Cotarella), qui aide à produire par delà les Alpes plus de 50 cuvées de luxe, mais aussi et surtout que ces vins sont vendus à des prix inédits en Gaillacois, très élevés.
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Cependant, toutes les bouteilles produites ici ne sont pas inaccessibles et certaines renferment de très beaux vins, comme par exemple « domaine de Frausseilles 2002 », un vin d'assemblage , au boisé généreux mais de très grande qualité, au fruit marqué au grand équilibre et à la belle longueur tannique : il demande encore deux ans pour s'assagir. « Mon Vin 2002 » est plus prêt à donner du plaisir, c'est un vin rond et ample, savoureux et précis. Pour des vins de 2002, ces deux cuvées possèdent une belle concentration et une bonne profondeur. Rien qu'avec ces vins à moins de 10 €, ce domaine se hisse au sommet de ce qui se fait en rouge dans la région. |
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Mais j'ai surtout envie de parler de cette merveille que j'ai goûtée sur cuve et qui m'a littéralement bouleversé, même si ce vin ne sera disponible que dans un an : Le merlot 2004, cuvée nommée « la Maze ». Jamais, je n'avais bu un tel vin produit sur cette terre qui est la mienne et je dois avouer que c'était une question qui me taraudait : Pouvait-on faire du vin de ce niveau à Gaillac ? La réponse est là, dans le verre. Alors voilà, je ne me risquerai pas à une quelconque description, c'est bon, très bon, voire grand et ce vin, bien qu'il ne soit pas typé est désarmant de qualité et je suis heureux et fier qu'il soit né ici. Fier pour ce pays, parce que, peut-être, il sera un exemple, une voie à suivre, à l'heure ou les cuves de la majorité des vignerons de l'appellation sont pleines et que la nouvelle récolte s'annonce. Ils viennent d'obtenir avec soulagement le droit de distiller ! Quelle aubaine ! Je ne pense pas que ce danger guète les vins que j'ai goûtés au Château de Frausseilles : ces vins-là n'ont pas de mal à se vendre. Qu'ils soient donc un modèle de qualité, mais pas un modèle tarifaire ; Mais je ne rentrerai pas, cette fois, dans ce débat sur le prix.
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Effectivement, il peut ressembler à un beau merlot bordelais de la rive droite, effectivement, il peut ressembler à un super Toscan (la ressemblance avec Montiano est évidente), évidemment il peut ressembler à une cuvée californienne … et alors ! J'aime à croire que sa qualité est en partie due à ce sol, à ce sous-sol, sis à deux pas de la cité médiévale de Cordes, sur ce plateau calcaire au climat si particulier, tardif et qu'il est ce qu'il est, unique, parce qu'il est issu de ce lieu, précisément. Voilà qui me redonne l'envie de faire du vin, ici. |
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J'ai également dégusté la cuvée de syrah, « Tarabelle », millésime 2003 et dans le millésime à venir, 2004. C'est également très bon, mais totalement éclipsé par le merlot. Le 2003 possède la fougue de son millésime, 2004 est plus abouti, bien sûr, plus dense, plus fin aussi. C'est une syrah comme on n'en produisait pas à ma connaissance encore dans le secteur. Un vin impressionnant, de grande envergure.
Il aura donc fallu un message sur le forum Internet de « La Passion du Vin », pour que je découvre les vins d'un domaine à quelques kilomètres de chez moi : nous vivons une drôle d'époque. Personnellement, c'est là que pour moi le bât blesse : ces cuvées ne sont finalement pas représentatives de ce domaine puisqu'elles sont produites en quantité réduite : autour de 2500 bouteilles. Elles ne sont pas proposées à la dégustation au domaine parce que réservées à un autre marché. Cela me laisse comme une amertume. Ne proposer à la dégustation et à la vente au domaine que les cuvées à moins de 10 €, c'est un peu d'emblée faire silence sur ces merveilles et accentuer le fait qu'elles représentent des vins d'élite, réservés à une certaine élite. C'est aussi sans doute laisser à penser que le quidam qui passe, amateur passionné ou touriste, n'est pas la cible pour ces vins. |
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Jérôme Pérez |
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