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Le domaine de la Charrière est exploité depuis 1974 par Joël Gigou qui transmet en douceur ses douze hectares à son fils. Cet homme passionné et passionnant a des convictions et ne s’en cache pas : il milite pour un pineau d’Aunis pur et pour un chenin minéral et de garde. « Un grand chenin se doit de pétroler ! ». Il ne renonce pas pour autant à des élevages sous bois, mais ce sont des barriques anciennes, de chêne ou de châtaigner de contenances variées. Les vinifications se font par parcelles avec le haut de gamme de la maison dénommé « Clos Saint Jacques » en Jasnières. Le terroir est principalement argilo calcaire avec de nombreux silex sur un socle de Tuffeau.
Quand l'année le permet, Joël Gigou produit un vin issu de raisins botrytisés, appelé Sélection de raisins nobles. N'attendez pas un vin ultra liquoreux, ce ne sera pas le cas : mais plutôt un vin à l'équilibre cristallin où les sucres flirtent délicatement avec la fraîcheur dans un équilibre qui n'appartient qu'aux vins septentrionnaux.
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La dégustation que j'ai choisi de décrire présente une sorte de mini verticale des vins de ce domaine dans la cuvée Clos Saint Jacques et fini en apothéose avec les vins de sélection de raisins nobles, notamment avec la très belle année 1996 qui méritait bien d'être la vedette de cette rubrique.
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1997 : Or vert. Des arômes de fumée, de champignon. Jolie matière en bouche sur un fond de légère amertume. Citronné sur la finale, très long porté par cette fraîcheur. Bel exemple de Jasnières très traditionnel.
1996 : La robe est plus pâle encore, mais le gras affiché témoigne de la richesse du millésime qui s’exprime dès l’examen visuel. Des arômes fumés, pétrolés, de sous bois. Très belle matière, dense sous tendue par une grande fraîcheur. Superbe finale explosive, en queue de paon pour ce grand vin qui vieillit de manière admirable.
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1989 : la robe est contre toute attente encore plus pâle : est-ce possible qu’il s’agisse d’un vin de 20 ans ? Le nez n’est hélas peu avenant, marqué par une certaine déviance. La bouche est fuyante à l’attaque puis marquée par une acidité cinglante.
1987 : une robe qui étonne par sa clarté : un vin de plus de 20 ans dans une robe de midinette. Or pâle. De arômes très typé de chenin, coing, miel et quelques notes pétrolées. La bouche est bâtie sur une trame vive : les saveurs minérales sont très présentes. Grande longueur sur des notes citronnées, très grande fraîcheur. Un vin surprenant.
1986 : Très joli nez très chenin sur des notes de pamplemousse et des arômes pétrolés. Une certaine amertume en bouche (de beaux amers), le vin se singularise par une très grande longueur. J’ai beaucoup aimé ce vin qui représente pour moi une sorte d’archétype de Jasnières.
1981 : la robe est là aussi bien pâle. Le nez est pétrolé mais exhale aussi des saveurs de champignon. En bouche ce vin est vraiment marqué par une acidité trop tranchante, très citrique et dérangeante.
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Sélection de raisins nobles :
1988 : Nez très chenin, sur des notes d’aubépine. Grand volume pour un vin qui se goûte sec, contre toute attente. Très grande longueur autour d’une vivacité impeccable, grand équilibre.
1990 : nez de poire de coing, d’aubépine. Très belle bouche ciselée, à la sucrosité bien marquée, suave, une légère touche pétrolée, très grand équilibre. Un vin admirable de longueur et d’élégance.
1996 : superbe nez sur des notes d’encaustique et de fleur blanche. Grande complexité et grande finesse tant en nez qu’en bouche. L’équilibre est idéal entre les sucres et la fraîcheur. Longueur superlative, grand vin de chenin où la minéralité s’exprime autant que le fruit.
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Quelle plaisir de regoûter les vins de ce domaine, surtout dans ces millésimes anciens, inédits pour moi, hormis le 1996 qui m’avait déjà fait forte impression ! La tenue de ces vins dans le temps est spectaculaire. Mais sans doute à Jasnières plus qu’ailleurs, la notion de millésime fait toute la différence. On retrouve cette notion de millésime dans la possibilité de produire, quand les conditions le permettent ces sélections de raisins nobles qui sont un ravissement : loin d’être des monstres de concentration, ils sont finesse et élégance, davantage dans un équilibre demi sec, mais nous sommes quelques uns à penser que c’est dans ce type d’équilibre, quand la vivacité est au rendez-vous que le chenin est le plus grand.
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