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Une soirée exceptionnelle pour une dégustation inédite. Ce soir là, Jean Gautreau présentait une cuvée dont beaucoup ne connaissaient pas l'existence, la cuvée Jean Gautreau qui était confrontée au Château Sociando Mallet. LPV értait là.
Jusqu’à ce jour, la Cuvée Jean Gautreau n’avait jamais été présentée en dégustation. C’est donc à une première mondiale, en présence de Jean Gautreau et de sa fille, que nous conviait le CAVE cette semaine à Genève, pour cette dégustation verticale de Sociando-Mallet et de la cuvée Jean Gautreau sur les millésimes 95-96-97-98-99-00-01. Bravo !
La cuvée Jean Gautreau n’est ni un vin de garage ni une sélection parcellaire. En 1995, sur le conseil de Gabriel Ribero, son maître de chais espagnol, Jean Gautreau a sélectionné des jus pour faire une quinzaine de barriques. C’est un vin qui porte bien son nom, puisqu'il exprime les goûts de Jean Gautreau et de son maître de chais.
Dans la cuvée Jean Gautreau, le vin est mis « à chaud » dans des barriques Séguin-Moreau neuves, où il fait ses malos. Au total, la cuvée Jean Gautreau passe 18 mois en barriques, soit 6 à 7 mois de plus que le Sociando-Mallet. Elle comprend généralement plus de cabernet-sauvignon que le Sociando-Mallet « normal » et elle est mis en bouteilles séparément.
Les vins n'ont pas été servis à l'aveugle. Ils ont été présentés en paralèlle, deux par deux, du plus vieux millésime (1995) au plus récent (2001).
DEGUSTATION
Sociando-Mallet 1995 VS cuvée Jean Gautreau 1995
La robe du SM est légèrement mions intense que celle de la cuvée JG. Au premier contact, les nez se ressemblent, on joue dans le même registre. A l’agitation, les différences sont sensibles : le nez de JG est plus torréfié, fumé, marqué par le bois et le cabernet-sauvignon. Celui du SM est plus viandé, plus évolué.
En bouche, le SM est charnu, concentré, les tannins sont fins mais la texture manque un peu de précision. Belle longueur. Le JG affiche plus d’extrait sec, mais plus de bois aussi. Le JG a passé six à sept mois de plus en barriques et cela se sent. Le fruit est encore très présent et les petits fruits noirs agrémentent joliment la bouche. Le JG présente aussi plus de vinosité, avec une acidité volatile plus importante. La finale est très longue, sur les petits fruits. C’est un grand vin.
J’ai préféré le JG pour ses tannins plus nobles, sa plus grande puissance aromatique, sa plus grande profondeur et sa plus grande précision. En revanche, il m’a paru encore un peu dominé par le bois.
Ces deux vins doivent être encore attendus, JG plus encore que SM. Les notes tertiaires sont encore discrètes et l’avenir est devant eux.
Sociando-Mallet 1996 VS Jean Gautreau 1996
Au premier nez, le SM est nettement plus ouvert que le JG. Le SM arbore un nez ouvert, encore marqué par le bois, sur les fruits noirs, avec des nuances de moka. En bouche, on retrouve les tannins fabuleux des cabernets-sauvignons 96. C’est un vin structuré, corsé, avec de la concentration et une acidité qui apporte fraîcheur et élégance. Très belle longueur sur les petits fruits noirs. C’est un grand vin que j’aime, un Bordeaux classique promis à un bel avenir.
Le nez du JG, fermé au service, s’est lentement ouvert dans le verre pour délivrer des nuances de verre et les notes vanillées-toastées apportées par le bois noble. La bouche est plus concentrée que le SM, plus puissante et plus fruitée. En revanche, les tannins sont un peu plus anguleux et plus extraits, ce qui lui apporte un petit côté sec qui le rend moins équilibré et élégant que le SM. La finale est longue et bien définie. Un superbe vin qui mérite un carafage.
Il va sans dire que ces deux vins devraient être encore attendus.
Sociando-Mallet 1997 VS Jean Gautreau 1997
Les robes sont proches, celle de SM étant un peu moins intense et plus évoluée. Au nez, SM est un peu simple et manque de complexité. La bouche est soyeuse et moins structurée que sur le 96. La concentration est satisfaisante, mais la bouche n’est pas de grande envergure et manque un peu de profondeur et de complexité. La longueur est correcte, sur le fruits rouges et noirs.
La Cuvée JG nous offre un nez très proche du SM, mais plus minéral, encore fermé. La bouche est aussi fermée, un peu dissociée, avec une pointe de verdeur et des tannins légèrement cartonneux, mais avec plus de longueur que le SM. Le JG est une belle réussite dans le millésime, il a certainement plus de potentiel et de complexité que le SM, mais il me paraît actuellement moins équilibré et plus marqué par l’élevage.
Sociando-Mallet 1998 VS Jean Gautreau 1998
Le bouquet du SM est encore marqué par l’élevage, avec des notes de fumée, de moka, sur les fruits noir. C’est joli mais pas grand. Celui de la cuvée JG est superbe, étoffé et complexe, il explose sur les fruits noirs et des nuances de tabac et de moka.
En bouche, le SM présente une belle matière, avec des tannins de qualité. C’est un vin harmonieux. Le JG est un cran au-dessus, avec plus de volume et d’amplitude, sur des tannins encore marqués – un peu trop peut-être - et un fruité plus précis. Le JG est plus long que le SM, avec plus de persistance, de minéralité et de tension.
Ces deux vins sont très réussis et doivent être gardés encore quelque temps avant de s’exprimer pleinement.
Sociando-Mallet 1999 VS Jean Gautreau 1999
La robe du SM st plus intense que celle du JG. En revanche, le nez est encore un peu fermé, d’intensité moyenne, mais toujours dans le style de la propriété. Le JG a un nez plus complexe, charmeur, sur les fruits noirs et le café, avec un boisé encore présent mais bien intégré.
En bouche, le SM présente un fruité agréable, des tannins denses et fondus, sur une structure moyenne, mais de belle définition. Il me semble percevoir une pointe de verdeur. Le JG est meilleur. On retrouve le fruité séducteur des 99 réussis, avec des tannins fins et racés. La finale est précise et évanescente, sur le coulis de petits fruits.
Si le JG 99 me paraît en-dessous du JG 98, il est cependant nettement au-dessus de SM 99, avec plus de velouté, de gras, de richesse et d’opulence. La différence est étonnante car, exceptionnellement, en 1999, les jus qui composent les SM et le JG sont les mêmes et seul l’élevage diffère, le JG ayant fait ses malos en barriques.
Ces deux 99 sont très bons, mais un peu en dessous des 98.
Sociando-Mallet 2000 VS Jean Gautreau 2000
La robe du SM est rubis pourpre, alors que celle du JG est plus violacée et noire.
Au nez, le SM étonne par des notes très nettes de poivron vert. Il y a aussi de la minéralité. Le JG a un nez plus fermé, mais plus mûr, qui exprime plus les fruits noirs que le SM, avec des notes toastées plus marquées.
En bouche, SM présente un caractère compact, avec de la richesse, sur une grosse structure et de la densité. Sous le fruit, je lui trouve une belle expression de minéralité. C’est un vin encore un peu fermé, classique, qui exprime bien son terroir. J’aime beaucoup. Si le nez donne une impression de verdeur et de maturité, cette sensation ne se retrouve pas en bouche, où les tannins et le fruit sont mûrs. J’aime beaucoup et je suis confiant pour son avenir.
Le JG a des tannins racés et mûrs, un fruit élégant, une grosse structure et un bel équilibre. Il est plus exubérant, et plus charmeur que le SM, avec plus de gras, de fruit, de puissance, de largeur et de vinosité. Il a aussi une longueur impressionnante. Ce JG 2000 est une magnifique bouteille promise à un grand avenir. J’ai adoré.
Sociando-Mallet 2001 VS Jean Gautreau 2001
Le nez du SM manque d’étoffe, mais sans verdeur. Celui du JG est plus sensuel, sur les fruits noirs, le cèdre, la vanille, avec un boisé un peu marqué mais bien intégré.
En bouche, le SM se déploie sur un fruit élégant et mûr. JG est encore supérieur dans ce millésime, avec plus de puissance, de complexité, et un matière plus mûre et crémeuse. Un beau vin, moins souple que le SM, mais moins long que le JG 2000. Je lui trouve cependant une sensation de déséquilibre, probablement due à la jeunesse et à une acidité marquée. C’est un vin trop jeune pour être apprécié et, en définitive, je trouve qu’actuellement, le SM s’exprime mieux actuellement.
Je trouve que ces 2001 sont très bons, mais qu’ils manquent un peu de structure. Ils sont plus élégants que puissants et structurés, ce qui n’est guère le style de la maison.
Belle soirée et magnifique série de vins. La cuvée JG s’est généralement montrée supérieure à SM. Ceux qui connaissent bien Sociando-Mallet peuvent se représenter la qualité de ces vins. Les deux bouteilles qui m’ont le plus impressionné sont les JG 1996 et 2000. Dans les grands millésimes, ce sont des vins qui évoquent Latour et qui sont largement au niveau d’un 1er GCC. Cela dit, la plupart des vins, que ce soit les SM ou les JG, étaient de très haut niveau.
Pour l'instant, les bouteilles de la cuvée Jean Gautreau dorment au château et je ne sais pas si (ou quand) elles seront mises en vente. J'ai cru comprendre que Jean Gautreau les destine à sa fille.
Cordialement
Yves Zermatten
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