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Superbe journée pour une prestigieuse visite. Au lendemain d’une balade à Yquem, nous voilà au Château Margaux. Le temps est une nouvelle fois splendide sur le Bordelais.
Le Château est situé à l’entrée du village de Margaux en venant de Bordeaux. Une longue et superbe allée nous transporte en douceur vers la façade majestueuse du Château. Autour de celui ci, bureaux administratifs, bureaux des différents corps de métiers et chais composent la très étendue propriété et ses 107 hectares de vignes.
Premier constat, si Yquem respire la simplicité, Margaux me rappelle plus le décorum des châteaux de la Loire. Je m’attend juste à voir débouler un car en bout de l’allée principale prêt à déverser son flot de touristes équipés d’appareils jetables et autres gadgets du genre.
Le second constat, l’accueil. Personnalisé dans le Sauternais, plus formel dans le Médoc.
Mais, passons ses points de détail qui sont juste là pour situer l’ambiance, le plus important reste à venir.
Après une rapide mais intéressante présentation des lieux (avec rappel du rachat des parts à la famille Agnelli par Mme Mentzelopoulos) par la Responsable des relations publiques, charmante dame d’origine norvégienne, mariée à un américain et installée dans le Médoc depuis environ 20 ans (selon cette personne, la fréquentation étrangère, et notamment des US, n’a nullement diminué au Château depuis la crise), nous passons dans le premier chai ou patiente le Margaux 2002. Première constatation, il n’est pas enterré mais bénéficie d’un positionnement géographique qui le maintient le plus souvent à température constante (un vent frais balaie le mur nord et, au sud, l’épaisseur des murs et l’absence totale de lumière complète le travail). Le taux d’humidité est bien sûr constamment sous surveillance mais, ce chai ne dispose d’aucune installation autre que naturelle pour garantir cet état de fait
Dans ce lieu, 1500 barriques sur 6 rangées sont positionnées devant nous, merveilleusement alignées, toutes en bois neuf. Un détail attire l’œil. Les fûts sont de 2 couleurs. Rouge au centre, couleur du chêne aux 2 extrémités. La raison ? Esthétique et choix du Maître de Chai: les coulures lors des soutirages entre autre ne se voient plus! (ponçage des extrémités). Si cela n’est pas le souci du détail! ;-)
Ensuite, nous descendons un étage et atteignons le chai où repose le Margaux 2001. Là, l’humidité devient vraiment envahissante. Une forte odeur de moisissure ainsi que des mûrs « tapissés » témoignent de la chose. Il y fait presque froid (dehors, la température, à cette heure de la journée, atteignait 33°C !). Dans ce chai, quelques 1200 fûts sont entreposés, une nouvelle fois superbement alignés. La moisissure qui tapisse les barriques rend le lieu quelque peu lugubre et envoûtant à la fois. C’est magique! L’observation devient religieuse, les voix se font plus mesurées. Nous sommes dans le saint des saints.
Après avoir quittés, presque à regret, ce lieu [mais, n’ayant pas ma petite laine, il était temps ;-)] nous remontons au premier niveau et nous nous rendons dans le cuvier ou sont alignés pas moins de 30 foudres en bois [j’ai remarqué, mais cela n’était pas compris dans le « prix de la visite », une petite pièce contiguë dont la porte était entrebâillée et où étaient positionnées des cuves en inox. Pas assez noble, mon fils ! ;-)]. Le fouloir et l’égrappoir trônent au centre de la grande salle.
L’heure tourne. Nous faisons volte face, retournons dans le chai principal.
La visite se poursuit par la vinothèque du château. Arghh ! Margaux 1848...Margaux 1868....Margaux 1870....Margaux 1914....La grille reste fermée. Mais pourquoi la nature ne m’a pas dotée d’un bras plus long. Ces incroyables bouteilles se trouvent à 2 mètre de moi! Photo. Et la grille se referme.....
Il est temps de déguster!
Madame s’absente un court instant et revient avec en sa main un Margaux 97. Quelques verres sont disposés à même les fûts. Pop! Le bouchon saute et « le liquide coule à flot ».
Le vin est voluptueux, souple et aérien mais, d’une puissance incroyable. Bref, l’élégance personnifiée. Le boisé me semble, tout en affirmant clairement sa présence, fort judicieusement intégré. Bien sûr, il est trop pour envisager ouvrir une telle bouteille aujourd’hui, mais, les arômes de fumé, de grillé qu’il dégage, son fruit et sa matière immense me procure, à cet instant un plaisir inoubliable. Le lieu et le vin provoquent en moi un amour immense pour Margaux. Lumière tamisée, température idéale, 1500 Fûts de chêne devant mes yeux et, dans mon verre, Margaux.
« Resservez vous, si vous le désirez »
Ca, ma p’tite dame, faut pas me le dire 2 fois ! ;-))
Et on repart pour un tour................
La visite se termine. Malheureusement, pas de bouteille emportée (ni même le bouchon). Pas dans la tradition de la maison. Tant pis!
Les souvenirs, ils sont dans ma tête! :-)
Jean Claude
Quelques impressions sur différents millésimes:
J’ai connu le Ch. Margaux d’avant les Mentzelopoulos…
Ce n’était pas brillant.
Je me souviens d’un 74 dur et d’un 77 herbacé…
Il y a eu le rachat en 77.
Depuis, tout ce que j’ai bu a été merveilleux, même le 80, une grande réussite pour l’année
J’ai eu la chance de boire les 82 et 83.
Ce sont des vins qu’on ne peut oublier.
Ils sont tellement marquants que je me vois encore en train de les savourer tant l’instant était inoubliable.
T. Debaisieux
Margaux 1983
A l'ouverture, déception! Je m'attendais vraiment à être propulsé dans la stratosphère, et là, pas grand chose, un bon vin, très bon même, mais pas ce que j'imaginais.
Je me rappelle la sagesse d'Yves qui m'a dit: "Patience"...
Comme il a eu raison! Le vin n'a cessé de gagner en complexité sur plus de deux jours et cela a fini dans un festival, un repas d'une atmosphère incroyable, après une belle dégustation de vins du Sud, on a fini tout ce qui avait été entamé depuis l'arrivée d'Averroès! Que ce vin était beau en si belle compagnie! D’une jeunesse incroyable, d'une classe vraiment étonnante, d'un équilibre superbe et cette longueur qui s'est révélée avec beaucoup d'aération. Ce vin est loin d'être sur le déclin.
J. Pérez
Tout d'abord, Margaux 1979 (en match avec Mouton 79, mais ça c'est une autre histoire...). Environ 10 ans que je n'avais pas re-goûté ce vin dans ce millésime..! Ouvert une heure avant, pas décanté.
Robe relativement claire, mais pas du tout tuilée. Le nez est très fin, encore floral, tabac, quelques relents de sous-bois qui marquent quand même son âge. En bouche, je suis surpris dès l'attaque par son côté très frais (encore une légère acidité), mais les tannins sont bien intégrés. La bouche est longue et la finale se déroule harmonieusement. Le vin n'est pas aussi complexe que je pensais - 1979 était pourtant l'année de la renaissance de Margaux (avec 1978) après quelques années de creux avant l'arrivée de la famille Mentzelopoulos et j'en gardais un excellent souvenir lorsqu'il avait 10 ans de moins. J'ai cependant bien aimé ce vin, bien qu'il ait un côté un peu unidimensionnel qui me laisse légèrement sur ma faim... Aurait-il fallu le boire plus jeune ? 89/100
Margaux 1983. Ouvert trois heures avant, pas décanté. La robe est superbe: rubis profond, lumineuse. Le nez est un carrousel de produits rares: truffe noire, cuir de Russie, ambre, fruit rouge, violette, grand cigare cubain, bois de cèdre fumé, fauve/animal, gousse de vanille... on peine a relever le nez du verre tellement c'est riche en impressions! Enfin on porte le nectar en bouche. Immédiatement on est submergé par des sensations soyeuses, une rondeur magnifique qui emplit chaque pore du palais. Aucune agressivité, une ampleur qui roule et roule dans la bouche en vagues successives. La définition parfaite de l'élégance et de l'équilibre. La longueur est exceptionnellement longue pour un vin rouge. Plusieurs minutes après, on le sent encore en rétro-olfaction. Réellement incroyable... N'importe quelle note entre 95 et 100!
Est-ce là l'exemple parfait d'un grand Bordeaux dit "classique"? Est-ce que les millésimes récents atteindront encore cette plénitude idéale où rien n'est forcé sans aucune sur extraction? Il est encore trop tôt pour l'affirmer, mais ce Margaux 83 est peut-être l'un des derniers représentants d'une école de vinification aujourd'hui révolue, laquelle respectait sans aucun artifice le produit, le terroir et... le consommateur. Un moment véritablement unique et inoubliable.
Alain Wineméga
Château Margaux 1994
Carafé 1 heure 1/2 avant.
Robe rubis profond, étonnant pour ce millésime, sans aucun signe de fatigue et d'évolution.
Le nez est surprenant, car très Pauillac au début avec des nuances de crayon à papier, de fleurs (violette) et une très légère touche vanillée.
La bouche est incroyablement pleine pour le millésime. C'est la combinaison parfaite entre la fraîcheur et le concentration. En retrouve une corbeille de petits fruits noirs (myrtilles, cassis et cerises noires) en milieu de bouche. De plus, le vin se livre entièrement et semble enveloppé de glycérine, tellement il est soyeux et riche.
La finale est du même gabarit, longue, soutenue par des tannins déjà très bien fondus et une acidité parfaite.
Un vin à déguster d'ici les 15 prochaines années, tant son potentiel semble immense. Je pense, en effet, que dans quelques années, il aura encore gagné en maturité et qu'il sera encore plus beau et plus complet.
Je lui donnerai, à ce jour, une note de 93+/100. Le plus beau des 1994 que j'ai dégusté à ce jour.
Magie du terroir ?
Pascal Amos
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