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    normal Domaine du Clos des Fées

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    claudius a répondu au sujet : Re: Domaine du Clos des Fées

    concernant le TCA (je précise qu'il ne s'agit pas du domaine dont je n'ai pas cité le nom ci-dessus), j'ai eu 3 bt sur 11 bues de Vieux Télégraphe 1998 bouchonnées ! ... un problème dans les chais ?
    concernant la saleté romantique des chais qui rajoute de la magie au vin ... je trouve cela effarant ... pourquoi ne pas plutôt se demander si le vin eût été encore meilleur s'il y avait eu un minimum d'hygiène
    #31

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    Domaine du Clos des Fées a répondu au sujet : Re: Domaine du Clos des Fées

    Désolé si j'en oublie certains jours. J'aimerai bien coller le billet complet, en fait, mais les photos suivent pas et j'ai pas le temps ni le courage de comprendre comme ça marche. Si quelqu'un veut s'y coller, ça ne me dérange pas.

    www.closdesfees.com/...

    Vendanges 2016 – Jour J plus 2 – Se croire ailleurs
    09/09/2016

    Bon, je vous l’avais pas dit, mais on avait ouvert la cave vendredi avec notre Pinot Noir.

    Bonne idée, il aurait pu être entièrement contaminé par les fumées du gigantesque incendie de lundi, à deux pas. Voir les photos du drame sur le blog de Vincent Pousson, ICI.

    J’ai bien aimé mon voyage immobile, où, sans bouger, je me suis cru en Bourgogne ce jour là.

    Drôle d’idée que de planter du Pinot Noir en Roussillon, pas vraiment envie d’en parler mais bon, comme le premier balbutiement est en bouteilles, il va bien falloir lever le voile sur le projet en vendangeant le deuxième millésime.

    Terroir calcaire exceptionnel, surface interne des argiles parmi les plus impressionnantes du monde, coteau escarpé plein nord, matériel végétal de compétition, tout est réuni pour tenter la dernière aventure moderne dans le vin, en tout cas à mon avis : révéler, qui sait, un nouveau grand terroir, et pourquoi pas de Pinot Noir. En tout cas tenter de le faire.

    Je sais, je vais être moqué, raillé, pris pour fou. Du Pinot Noir en Roussillon… Que m’importe. Je le sais, je ne ferai pas ici de ces Pinot délavés, sans couleur, sans tanin, acide et vert que, parce qu’ils ont un «nom» historique, il faudrait aimer et surtout surpayer, même quand la nature capricieuse a fait de la Côte d’Or un enfer climatique pour la vigne. Sous prétexte que les Chinois, anciens pauvres avides de marqueurs sociaux, en sont parait-ils «friands». Sic. Ces vins là, je ne les ai jamais aimés, peu influençable que je suis, mais j’ai adoré, au delà de la raison et de mes moyens, certains jus de vignerons courageux dans des millésimes que l’on dit «du siècle» parce que leur météo se rapproche, quand on regarde les chiffres, de la climatologie méditerranéenne habituelle.

    Nulle envie de m’engager dans une compétition de notes ou de prix avec la Bourgogne, je sais depuis longtemps qu’elle est trop sclérosée par le poids d’une histoire plus romancée que réelle et bien sûr par les honneurs, pour reconnaitre la moindre vertu à un Pinot Noir d’ailleurs. Comme le dit Kauffman dans le magazine VIGNERON de ce mois-çi «Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende» et la légende Bourguignone est magnifique (dans «l’homme qui tua Liberty Valance», de John Ford). N’y touchons pas.

    Non, ce que je sais, c’est ce que je vois, quatre ans après la plantation, une vigne littéralement amoureuse de son terroir, heureuse d’y planter ses racines et d’y déployer ses feuilles, heureuse de me donner de minuscules grappes goûteuses, fruités, fraîches et mûres à souhait.

    En deux heures nous avions vendangé les 1 hectare 84 ares 40 centiares d’un pinot noir qui avait, ma foi, fort bonne mine…

    Ca, c’est fait… Trois photos en cadeau.






    #32

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    claudius a répondu au sujet : Re: Domaine du Clos des Fées

    je suis très curieux de goûter le résultat

    à propos pinot noir sudistes: Las Bodegas Hispano-Suizas produisent le délicieux Pinot Noir Bassus près de Valence Espagne !, j'en ai bu d'innombrables bt sur plusieurs millésimes
    #33

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    Domaine du Clos des Fées a répondu au sujet : Re: Domaine du Clos des Fées

    VENDANGES 2016 – J PLUS 3 – MATURITÉS
    10/09/2016
    Goûter, c’est bien, analyser, c’est mieux.

    Je sais toujours pas comment mettre les photos et pas le temps d'apprendre. Si quelqu'un veut le faire, je l'en remercie par avance.

    Sinon, c'est ici : www.closdesfees.com/...

    Vendanges 2016 – J plus 3 – Maturités
    10/09/2016

    Goûter, c’est bien, analyser, c’est mieux.

    Même si au final c’est mon palais qui décidera du moment des vendanges et de bien des choses (j’en reparlerai, tiens, du « naturel « …), je sais trop, avec l’âge, combien ce dernier se met volontiers au service de mon imagination. Oui, clairement, je désire avoir de beaux raisins, mûrs à point, et les transformer en vin dense et parfumé, éclatant de fruit. Mais comme disait Spinoza, “On ne désire pas les choses parce qu’elles sont belles, mais c’est parce qu’on les désire qu’on les trouve belles ». Dans le délicat exercice du jugement des maturités, l’expérience m’a appris que son meilleur ennemi, c’est soi même.

    L’échange, la comparaison des opinions sont indispensables et je plains le vigneron seul pour cela tant faire ce métier en étant entouré me convient. Mais rien de vaut un peu de raison au milieu de tant de sentiments et il convient de prélever avant d’analyser.

    Un peu de rigueur et beaucoup de patience. On se promène dans la parcelle, on cueille au hasard, et vraiment au hasard, 200 grains de raisin sur toute l’étendue de la parcelle. On met dans des sacs congélation, enfin chez moi, j’imagine qu’à Bordeaux, chez les crus les plus huppés, Hermes a prévu un contenant plus adapté (un peu d’humour les Bordelais, s’il vous plait ;-). Sur le sol de la cave, j’ai trouvé ça stylé…




    Il ne reste donc qu’à les presser avec la main sur une passoire, poche par poche, puis on les passe au multimètre et au densimètre afin de voir le degré, très vite. On peut aussi mesurer l’acidité, assez rapidement lorsqu’on connait la procédure, que l’on est soigneux et qu’on se rappelle des bases de chimie. On voit alors les degrés qui montent (on a souvent de grosses surprises entre ce qu’on croyait et la réalité…), au fil des prélèvements et des journées qui passent, tandis que l’acidité descend. On peut aussi porter chaque échantillon au labo, pour des mesures plus précises, voire l’examen des maturités phénoliques. Mais bon, ici, pour ces dernières, mes papilles, mes doigts, mes dents, ma langue me suffisent. Pas envie de me voir dicter non plus ma façon de faire par une machine ou un oenologue qui n’aura vu ni un bout de la chaine (les raisins) ni l’autre bout (mes clients, à table, chez eux, dans cinq ans). «Avant d’être bon, un vin doit être vrai», m’a dit un jour Nicolas Joly, et dans les deux grands dangers qui guettent le vigneron d’aujourd’hui, le plus grand est sans doute l’uniformité. Donc, c’est moi qui décide, certain qu’il faut mieux se tromper parfois que de faire comme le troupeau. Pas sûr, d’ailleurs, que ce millésime soit si tardif que l’on nous l’annonce…

    Alors, arrête de bavasser, Bizeul, et donne nous plutôt tes impressions sur ces prélèvements, hein… Pas mal du tout, très hétérogène. Cette année, contrairement à l’année dernière, la situation géographique des terroirs va conditionner les maturités et nous après la Chique, déjà bien avancée depuis lundi, inutile, pour des vins de fruits, d’aller ramasser de la confiture tandis que la météo nous annonce des chaleurs qui font exploser les statistiques. L’acidité est bonne, le goût fruité intense, ne tardons pas. Les premières cuves nous ont montré l’extractabilité des peaux, les notes de l’ICV, le labo, nous confirment ce dont nous nous doutions, il y aura peu d’azote et il faudra sans doute aider un peu les fermentations, toujours en levures indigène au Clos des Fées sur les rouges.

    On est vraiment parti et ça va cette année très vite…
    #34

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    oliv a répondu au sujet : Re: Domaine du Clos des Fées

    Salut Hervé,
    A partir du moment où les images sont déjà hébergées, c'est très simple donc je me permets de te répondre ici car ça peut intéresser tous les LPViens.

    Comment poster une image déjà en ligne sur le web:
    • Clic droit sur l'image sur ton blog
    • Copier l'adresse de l'image
    • Coller tel quel l'url sur LPV
    Bon courage pour la suite des vendanges,
    Amitiés,
    Oliv
    #35

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    Domaine du Clos des Fées a répondu au sujet : Re: Domaine du Clos des Fées

    Vendanges 2016 – J plus 4 – Attendre et cuisiner
    11/09/2016

    C’est le week-end. Le weed-end, on cuisine et on vendange, mais à la machine. Alors on est plus tranquille.

    J’ai déjà tout dit sur les trois hectares que je vendange à la machine, sur le pour, sur le contre, pour ceux qui arrivent sur ce blog, c’est ICI.

    Je n’en tire nulle gloire ni nulle honte, je dis ce que je fais, dans un monde où il ne reste à mon avis plus que 20 % des vignes vendangées à la main en France, ce que l’on se garde bien de dire aux consommateurs. Il ne reste que les vignes où la machine ne passe pas, les AOP où c’est interdit, et pour compléter le tout quelques têtus comme moi qui pensent que c’est mieux, même si c’est bien plus cher et bien moins flexible.

    Cette année, la machine tombe bien. En deux jours, nous allons rentrer trois cuves, voire quatre, de raisins qui n’auraient rien gagné à attendre, perdant du fruit et gagnant du degré, vendangés à la fraîche (encore que cette année les nuits sont presque aussi chaudes que les jours…). Les vendangeurs seront reposés lundi – parce que là, honnêtement, ils sont cuits…– prêts à attaquer les vignes du Clos des Fées importantes, nous serons plus tranquilles, nous aurons rattrapé le retard et nous pourrons décider présisément du moment de vendange pour les parcelles délicates. Donc vive la machine.

    En attendant, cuisinons. Tiens, des rougets, c’est la saison qui commence, celle des fameux «rougets vendangeurs». Ils viennent de l’Atlantique, quittent en septembre les fonds vaseux du bassin d’Arcachon ou de la Baie du Mont Saint-Michel. C’est au moment des vendanges. De là leur nom…

    Je les aime en «Escabèche», à la Provençale, comme ma mère faisait les sardines et les maquereaux, avec des oignons rouges frais, un peu de jeunes bulbes de fenouil et des pignons de pin. La recette ? Volontiers. La photo aussi ? La photo aussi.

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    Alors, en entrée, il vous faudra un beau rouget de 12 à 15 cm de long par personne, deux si c’est en plat avec une salade ou un bol de riz, ce qui vous fait un repas, surtout quand lors d’une journée de septembre estivale comme on les a cette année.

    La veille, laver à grande eau les rougets, leur enlever soigneusement les écailles, en les grattant de la tête vers la queue avec la lame d’un couteau d’office, couper au ciseau toutes les nageoires qui dépassent, les éponger dans un papier absorbant.

    Peler et émincer les oignons rouges en tranche de 2 mm d’épaisseur. Faire de même avec un petit fenouil ou deux, mais plus fin. Épluchez deux ou trois gousses d’ail. Récupérer une demi feuille de laurier, un peu de thym frais voire un bout de romarin, mais pas trop. Avoir sous la main 10 cl de vin blanc et autant de vinaigre pas trop typé, le vinaigre de cidre, c’est extra.

    Faire chauffer de l’huile d’olive dans la poêle. Mettre un peu de farine dans un sac en plastique, y mettre les rougets, balader le sac dans tous les sens pour bien fariner les poissons sous tous les angles. Les mettre à frire doucement dans l’huile, une minute de chaque côté suffit, le temps de saler et poivrer, deux reste acceptable, trois, c’est trop cuit. Jeter et recommencer. Non, je rigole, c’est moins bon, c’est tout. Le but n’est pas de les cuire mais de les saisir pour les faire croustiller. C’est la marinade qui va les cuire.

    Les récupérer, les aligner dans le plat. Jeter un peu d’huile d’olive s’il y en a trop mais il doit en rester un peu. Jeter l’ail, les oignons, le fenouil, faire sauter tout ça à feu vif jusqu’à qu’ils soient translucides, c’est à dire pas longtemps. Rajouter les herbes aromatiques, quelques grains de poivre noir. Déglacer au vin blanc, attendre dix secondes, jeter alors le vinaigre, faire reprendre l’ébullition, sortir du feu et jeter le liquide est les oignons bouillants sur les rougets. Parsemez de pignons de pin, à votre goût. Les rougets vont finir de cuire dans leur marinade, qui est destinée aussi à la conservation.

    Attendre que la préparation revienne à la température de la pièce en couvrant d’un torchon pour les mouches. Plus film plastique et au frigo jusqu’au lendemain. Sortir une demi-heure avant de servir, avec une tranche de pain grillé et de l’ail à portée de la main pour ceux qui l’aiment vraiment et veulent vivre vieux.

    Avec une bouteille de Sorcières Blanc, c’était parfait. Mais bon, vous pouvez ne pas pousser le raffinement à ce stade, hein, et un bon Sauvignon fera l’affaire. Faut du fruité.

    Bon, voilà la recette promise, faut que je vous aime, ça m’étonnerai que je cuisine beaucoup dans les jours qui viennent…
    #36

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    Domaine du Clos des Fées a répondu au sujet : Re: Domaine du Clos des Fées

    Ca marche, Merci Oliv ! Bon, je vais essayer d'y penser mais écrire est déjà épuisant. Si quelqu'un veut rattraper le retard, c'est volontiers, c'est plus sympa a lire directement sur LPV que d'aller sur le blog ;-)
    #37

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    oliv a répondu au sujet : Re: Domaine du Clos des Fées

    Poster ça à l'heure du déjeuner, c'est une vraie torture, Hervé ! (:D
    #38

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    jean-luc javaux a répondu au sujet : Re: Domaine du Clos des Fées

    Si quelqu'un veut rattraper le retard, c'est volontiers, c'est plus sympa a lire directement sur LPV que d'aller sur le blog ;-)

    J'ai bien essayé de poster ici tes rapports des journées de travail, Hervé, mais cela bloque à chaque fois.
    (Phorum database error est tout ce que j'obtiens) :(
    Si Oliv sait me dire l'erreur que je fais je peux rattraper le retard d'Hervé; dans les vignes, là, je ne peux rien faire hélas...

    jlj
    #39

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    Luc Javaux a répondu au sujet : Le Clos des Fées au jour le jour

    Vendanges 2016 – Jour J plus 5 – Attaquer les blancs…
    15/09/2016

    Bon, je suis à la bourre, mais je sais que vous ne m’en voudrez pas. Il faudrait me cloner, un pour vendanger et vinifier, l’autre pour gérer et écrire. Je crains qu’il ne fasse faire avec…

    Le plus pressant est rentré, on pourrait penser que l’on va pouvoir souffler. Mais l’année, déjà précoce, a connu un affolant coup d’accélérateur la première semaine de septembre avec quatre jours de Tramontane forte. Ajoutée à la sécheresse rampante de l’été, les maturités ont mis le turbot et il est temps de regarder la vérité en face : ça serait bien, désormais, d’accélérer. Or nous sommes déjà trente à cueillir, la chaleur est extrême et, passé, 13 heures, il est illusoire de penser que l’on peut continuer à couper…

    Bon, comme dit le sage «si tu peux changer quelque chose, fais le. Si tu ne peux pas, accepte le». Il faut accepter, tout simplement, que la nature est plus forte que nous, comme d’habitude et que ce qu’il faut faire désormais, c’est faire de son mieux. On s’y emploie.

    En fait, la géographie parle et les terroirs reprennent leur place. Si l’année dernière nous avions vendangé certains terroirs de Vingrau avant la Chique, tout rentre dans l’ordre cette année et les terroirs tardifs de Tautavel et de Vingrau seront vendangés alors que les autres seront presque décuvés. Mais nous aurons rentré des Syrah avant des Cinsault et des Grenache avant des Syrah, pour des questions de charge essentiellement, les vignes peu productives, avec la coulure en particulier, mûrissant très vite. On va dire qu’on ne fait décidément pas comme tout le monde et jamais comme d’habitude.

    Je repense à une interview d’Eric de Seynes, grand manitou chez Hermes, lu dans je ne sais quelle revue cet été, remerciant son grand-père de lui avoir «toujours dit que le succès vient de la capacité à cultiver la différence». Nous dirons donc qu’Hermes et le Clos des Fées partagent certaines valeurs ????

    On respire, on se calme, on essaie d’analyser calmement la situation, de laisser l’affectif au vestiaire, les peurs, les influences. Pas facile décidément en 2016. Tout nous presse. Les «on dit» bruissent comme jamais, sur les degrés, sur les maturités, sur les faibles rendements qui vont encore diminuer, par évaporation si on attend. Sans compter l’ICV qui nous bombarde de notes alarmistes et généralistes qui mettent la pression alors qu’on parle d’autres vignes, d’autres terroirs, d’autres modes de culture. Certes, nous sommes tous vignerons dans la même région. Mais entre nos vignes, que de différences…

    Au fil du jour, on prévoyait moins vingt pour cent, on est aujourd’hui à annoncer moins soixante dix pour cent sur certaines parcelles de Grenache, ce que je crois volontiers quand je vois l’état des vignes de certains. Toutes seraient en «stress», «moribondes», «déséquilibrées». Ah bon ? Pas chez nous, en tout cas. Dix ans de travail à remonter patiemment les vieilles vignes, dix ans de travail à bichonner les plantations, une vraie politique d’amendements ciblés, essentiellement organiques et sur mesure, des tailleurs formés qui savent apprécier chaque gobelet, la lutte contre l’herbe (mortelle ici pour la vigne quand il ne pleut pas), des travaux en vert intelligents et adaptés, en fonction des années et de la météo, tout cela fait que nos vignes sont belles, mûrissent bien, tranquillement, et qu’il est urgent d’attendre. Bon, au Mas Llianssou, notre terroir le plus tardif, les Carignan sont bloqués, c’est évident, les peaux dures et amères alors que bizarrement les pépins sont déjà aoûtés. On verra bien si cela se débloque ou pas. Pour l’instant, ça «goûte pas bien», donc on bouge pas. Suivre son instinct reste la seule voie que je connaisse, et, jusqu’à présent, ça m’a plutôt réussi.

    Attaquons doucement les blancs, adaptons les programmes de pressurage, surtout, qui vont être cette année essentiels. Une de mes grandes surprises en achetant il y a dix ans mon premier pneumatique, fût d’apprendre que 98 % des vignerons ne touchaient jamais à la programmation de leur pressoir, se contentant de mettre en route leur machine magique en choisissant un programme décidé en usine, par un technicien, sans se poser plus de questions. Pourtant, que de possibilités… Pression au gramme par cm2 près; montée en pression progressive; durée de chaque cycle; fréquence et nombre des rotations, équivalentes aux anciennes «rebèches» que l’on faisait à la fourche dans les pressoirs verticaux : tout peut désormais s’adapter à chaque cépage et à chaque millésime. Certains se contentent alors d’appuyer sur un bouton. Nous, non, et c’est verre à la main, à la sortie du pressoir, que nous tentons d’adapter la machine au raisin et non le contraire. La grappe entière, cette année, prend tout son sens, et, malgré la faiblesse du rendement en jus, nous n’irons pas chercher en fin de cycle des pressions trop importantes, les peaux, sur certains cépages, restant amères.

    On démarre par les grenaches gris répartis un peu partout au milieu des vignes «métissées» comme les appellent joliment Marjorie Gallet, ces vignes où Gris, blanc et noir étaient plantées mélangées, pour faire «du vin doux», à la grande époque, celle où les vignes du Roussillon étaient plus rentables que celles de la Champagne aujourd’hui… Mais ça, c’était avant. On attaque par Calce, le soleil se lève sur la petite Sibérie, qui n’a pas coulé, miracle.

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    On va peut-être faire peu, mais il est d’autant plus important de faire bon et l’année s’y prête. Un vieux Grenache Gris, en pleine forme. Ils sont rares cette année, mais il y en a. On a taillé tôt à Calce cette année, bonne pioche.

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    On roule vers le Mas Farine pour faire la Roussanne, qui n’en peut plus, et le Vermentino, qui s’en sort mieux mais qu’on aurait sans doute dû faire la semaine dernière. A voir la bonne mine de cette grappe oubliée, on devrait faire quelque chose de vraiment bon en blanc.

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    Hervé Bizeul
    #40

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    Luc Javaux a répondu au sujet : Le Clos des Fées au jour le jour

    Vendanges 2016 – Jour J plus 6 – Sans négliger les rouges…
    16/09/2016

    Voici le temps du nœud gordien. Ah, ce fameux nœud, il arrive chaque année. Continuer les Sorcières qui pressent ? Ce serait bien. Il nous reste aussi des Cinsault, à la Chique et les Carignan, qui avancent bien, gagneraient à être rapidement vendangés, pour sauvegarder le fruit mais aussi, ne nous mentons pas, préserver les volumes. Car si la chaleur étourdissante provoque chaque jour la montée des teneurs en sucre, elle provoque aussi une importante concentration des baies par évaporation. Ou tenter de récolter les plus belles parcelles du Domaine, au jour idéal, ni trop tôt, ni trop tard. Le jours idéal, en fait, c’est deux jours trop tôt. Mais comment faire ? Regarder le ciel, y espérer des réponses de Dieu aujourd’hui disparues ? A voir les ciels cette année, on comprend que les hommes, aient pensé que toute cette beauté ne pouvait naitre que de l’intention d’un être suprême.

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    Ne nous égarons pas. Où en étais-je ? Ah, oui, soyons clairs, je ne suis ni beau comme Crésus, ni décidé comme Alexandre le grand, deux acteurs de la légende du fameux nœud antique, tranché à l’épée par un rusé car impossible à démêler, ce que tout le monde tentait de faire sans succès. Mon nœud gordien ne décide que de la qualité de nos vins et non de la conquête d’un royaume, le symbole est sans doute un peu pompeux mais, il n’empêche, je dois trancher car aucune solution ne se dessine : toutes demanderaient un temps que la météo ne nous donne pas. Sauf qu’une bonne pluie est annoncée et que cela va peut-être changer toute la donne… Je commence un tableau excel, avec toutes les parcelles qui nous restent à vendanger, superficie en exergue, cuves disponibles en regard. L’équation est simple, nous ne pouvons honnêtement vendanger plus de quatre hectares par jour, à la main, et il faut que je choisisse entre les parcelles, sachant pertinement que je ne pourrai vendanger que bien peu d’entre elle au moment «idéal». En revanche, si je décide sciement d’en sacrifier une ou deux, peut-être vais-je retomber sur mes jambes. Demain encore du blanc, mais après…

    Conseil de guerre avec l’équipe, une, deux, trois, quatre stratégies sont librement évoquées mais, encore une fois, c’est à moi de trancher. L’équation est complexe et la seule qualité du vin final n’est pas le seul paramètre en prendre en compte… Le domaine a besoin de Modeste, de Sorcières, de Vieilles Vignes, les 2015 sont magnifiques, le millésime était généreux. C’est la gamme toute entière qu’il faut maintenir, pour chaque client, chaque pays, un vin est essentiel et on ne peut le laisser tomber. Quels moyens techniques et financiers puis-je encore engager pour accélérer ? Sommes nous capables de suivre, en cave, l’accueil de la vendange et de respecter les stratégies de vinifications décidées ?

    Après une longue, très longue cogitation, je décide : ce sera cette année un choix non pas par cépage, comme nous le faisons d’habitude, mais par terroir, quitte à travailler grains mêlés dans la cuve, ça nous a toujours réussi d’ailleurs…. En priorité, les Syrah destinées au Clos des Fées et, s’il reste des grenache, voire des Carignan autour, nous les vendangerons. Puis les Vieilles Vignes, dans la même configuration. Enfin sacrifice des Cinsaut de la Chique, qui attendront. Je sais que les Cinsault très mûrs, ça peut-être très bon. Je positive immédiatement la décision en me disant que l’on va apprendre quelque chose. En attendant, nous ramasserons quelques vignes épuisées, en train de défeuiller sur le bord des parcelles, là où elles sont en concurrence avec les arbres et dont la maturité des raisins est définitivement bloquée. J’en reparlerai. Heureusement que la pluie arrive…

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    En écrivant la chose, je me rends compte combien l’idée d’avoir une vision positive de la vie est essentielle lorsque l’on fait ce métier. Dans un livre sur l’Attention, que j’aime beaucoup, Rosette Poletti raconte l’histoire d’un lama dont ses condisciples se moquent parce qu’il voit en toute chose, dans tout évènement, son côté positif. Un jour, lui lançant un défi, ils mettent sur le chemin du monastère un renard mort, en décomposition et se cachent dans les buissons, gloussant déjà à l’idée de la réaction horifiée du bonze. Celui-ci s’arrête, pousse des grands cris pour appeler les autres moines et s’écrit : « regardez comme ce renard avait de belles dents ! ». Rester positif, voir en toute épreuve que la nature vous donne un apprentissage potentiel, voilà qui est une des qualités primordiales que se doit d’avoir le vigneron. Surtout cette année.

    Étonnant, en commençant ce billet, je n’aurais jamais imaginé qu’il finirait comme ça. Peut-être un blog sert-il, comme me le faisait remarquer un lecteur, à exorciser certaines angoisses. J’en parlerais volontiers à mon psy. Si j’en avais un.

    Hervé Bizeul
    #41

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    Luc Javaux a répondu au sujet : Le Clos des Fées au jour le jour

    Vendanges 2016 – Jour J plus 7 – Accueillir la pluie, accepter son absence
    18/09/2016

    Je roule, tu roules, il roule. Un vignoble hyper morcelé, ça a beaucoup d’inconvénients mais quelques GROS avantages… La tournée quotidienne des parcelles continue alors qu’on annonce une grosse pluie. 20 mn mais «pouvant aller jusqu’à 60 mn». Ca commence pendant la nuit, accalmie le matin, on décide de cueillir, tant pis, la journée va être mouillée, voire trempe, mais elle est charnière…

    Mercredi Matin. On a perdu 15 ° dans la nuit. La pluie redouble d’intensité, mais ne dure pas. A Vingrau, au final, cela sera 15 à 20 mn, pas plus, et encore selon les secteurs. On prend. Enfin. Un dernier orage, léger, la nuit de mercredi à jeudi; dormant d’un sommeil de plomb, je n’entends rien, mais au matin, la route est mouillée pour la deuxième fois. Extra.

    Merci, mon Dieu, cette pluie nous sauve. La vigne en avait vraiment besoin, certaines parcelles sont à l’agonie. Je n’exagère pas. Les jeunes vignes, mais aussi les vieilles, aucune eau ne les ayant arrosées depuis six mois.

    Certaines ont presque «disjonctées», sacrifiant d’abord feuilles puis raisins, pour un excellente raison : survivre. Impossible de savoir précisément ce qu’il est tombé sur chaque terroir, ayant plus de 100 parcelles sur 25 km de rayon autour du domaine, ça ferait trop de pluviomètres à relever… Très inégal en tout cas. Sur l’année, sans doute un peu plus sur Calce, Lesquerde. Beaucoup moins sur Vingrau où, bien que la commune soit finalement petite, certains secteurs auront été plus arrosés que d’autres. Dans l’ensemble, ça va, mais certaines vignes ont souffert, parfois là où on ne s’y attendait pas, comme sur les versants nord, entre Vingrau et Tautavel.

    A quoi ça ressemble ? C’est triste à voir, croyez moi…

    Alors, un pied de Syrah, qui commence à flétrir, sur l’ensemble des grappes. Les raisins ne regonfleront pas, malgré l’eau.

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    Une autre Syrah, jeune vigne, un peu plus normale, plantée sur un sol très pauvre qui a bien besoin d’être soulagée… Heureusement, ce ne sont que quelques pieds, en bout de rang : la concurrence avec les chênes verts qui bordent la parcelle est féroce, les vieilles vignes en bord de parcelle ont du mal à aouter, leur sarments sont plus fin que mon petit doigt. Terrain pauvre, rien à manger, quand une autre plante vous demande de partager l’eau, on ne doit pas être étonné qu’il y ait des conséquences.

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    Enfin un Carignan d’au moins 70 ans enraciné dans l’argile, pourtant planté sur un terroir que je pensais ne jamais rien avoir à craindre, qui commence à défeuiller, à défaillir… La pluie lui fera un bien fou. Mais sur certains bras, il faudra trier car, c’est déjà très perceptible, le goût des raisins est TRES différent.

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    Je m’en rend compte au fur et à mesure que la saison avance, la sécheresse de cette année est sans doute plus grave que celle de 2003… L’hiver 2015/2016 a été très sec, et, clairement, je comprends aujourd’hui que c’est ce qui a fait la différence. Dans la campagne, autour du village, les rares chênes blancs sont carrément morts… Les peupliers au fond des ravins défeuillent déjà, certains buis, qui survivaient par miracle sur la caillasse, sans terre de «fond», sont couleur rouille. C’est beau, mais c’est dramatique…

    Le beau temps est annoncé, on va se dépêcher de rentrer tout cela, en mettant à terre tout ce qui est abîmé. Décision est prise de faire une cuve de tout le trop mûr, on verra bien ce que ça donnera. Vinifier, c’est s’adapter. Décidément, drôle d’année.

    Hervé Bizeul
    #42

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    Luc Javaux a répondu au sujet : Le Clos des Fées au jour le jour

    Vendanges 2016 – Jour J plus 8 – Finir les blancs
    19/09/2016

    On voudrait rentrer beaucoup de parcelles, d’un coup de baguette magique, mais voilà, je ne suis pas Gandalf. On se concentre sur les Grenache, blancs et gris, on est pile poil dans le bon moment de maturité.

    Le cépage a coulé, je crois que vous le savez maintenant, il y en a peu, mais la superficie des vignes à vendanger est la même. Beaucoup de marche et de piétinement pour presque rien, on cherche les raisins entre les feuilles.

    Heureusement, au Mas Farine, la lumière est belle, la vue magnifique. A droite, le Canigou attend ses premières neiges.

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    A gauche, le vendangeurs s’égaillent dans les vignes sous le regard des ruines majestueuses du Château d’Opoul.

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    Vous vous demandiez si je lisais dans vos pensées ? Oui, bien sûr et je sais bien à quoi vous pensez en regardant cette photo. L’attente, la solitude ? A ça, non ?

    Grenache blanc qui pleure, d’autres qui rient. La vigne a plus de cent ans et, finalement, a moins coulé que dans les noirs. Surprise. Bonne surprise. Il y aura peu, mais peu, c’est mieux que rien…

    Je l’avoue, je vous ai pris les plus beaux en photo . La majesté de ces vignes me bouleverse, année après année, et le temps ne fait rien à. On a fait un effeuillage léger pour vendanger plus vite. On voit bien le décalage de maturité entre les raisins au soleil et ceux à l’ombre, le miracle de la taille en gobelet.

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    Là, on a carrément toute la palette en une seule photo, pour comprendre : du confit, gauche, du bien mûr, au milieu, et du juste mûr, à droite. Ajouté au vert de la photo d’en haut, la palette est complète.

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    Ce qu’il a de bien, avec ces vignes, c’est qu’on voit combien elles sont heureuses ici, combien elles ne veulent pas mourir et combien les arracher m’arracherait le cœur. Celle là rampe, n’en peut plus, mais produit pour ne pas mourir, avec vaillance et régularité. Cette parcelle m’empêche de passer en bio, mais je m’en fous, elle mérite de vivre.

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    Bon, au pressurage, ça ne vas pas être simple. On est grappes entières, il va falloir tenter de récupérer le maximum de jus, sur des peaux très épaisses, sans avoir le goût de raffle ni extraire le jus des raisins passerillés, même s’il y en a peu.

    Si j’ai le temps, je vous raconte demain.

    Hervé Bizeul
    #43

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    Nemo73 a répondu au sujet : Re: Vendanges 2016 – Jour J plus 5 – Attaquer les blancs…

    Vraiment sympa à lire ce livre de bord !
    #44

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    jean-luc javaux a répondu au sujet : Re: Domaine du Clos des Fées

    Ben voilà pourquoi cela ne marchait pas... :D Luc parasitait...

    Il y aura vraiment des rendements restreints cette année... :(
    Les vignes de syrah ont vraiment l'air d'avoir encaissé...
    Bonne continuation!

    jlj
    #45

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    Hervé Bizeul a répondu au sujet : Re: Domaine du Clos des Fées

    Merci infiniment à celui qui colle ! Ca me fait gagner un temps fou ! Merci, merci, merci
    #46

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    Luc Javaux a répondu au sujet : Le Clos des Fées au jour le jour

    Vendanges 2016 – Jour 9 – Régler le Foss
    20/09/2016

    Alors, hier, on avait parlé du problème de pressurage… La nuit a porté conseil, les raisins sont bien frais, entre 5° et 12° selon leur emplacement dans le camion frigorifique, pendant la nuit. On charge dans le Willmess à drains réfrigérés, et, le programme habituel ne nous donnant pas totale satisfaction, on rentre un nouveau programme, concocté dans la nuit par Athanase Fakorellis, ami avant d’être œnologue, grand ponte du pressurage et surdoué du vin blanc… Ca n’a l’air de rien, mais un cycle de plus ou de moins, quelques fractions de bar en plus ou en moins pendant tel ou tel délai, une rotation ou deux, ou trois, et bien le résultat n’aura rien à voir. Pardon de garder nos petits secrets pour nous, je ne vais pas vous le donner ce fameux programme.. De toute façon, si vous n’avez pas CE pressoir et CE Grenache Blanc CETTE année, ça ne vous servira pas vraiment.

    On commence. Et on a pas fini. Parce que six heures de pressurage, faut pouvoir. L’eau glacée qui circule en permanence dans le pressoir garde les moûts à basse température, pendant tout le cycle. Top.

    C’est tellement bien que j’ai fait une petite vidéo. Faut que je vous aime parce que j’en mets peu sur ce blog et que du coup, j’oublie la marche à suivre. La fumée, c’est la glace carbonique qui sublime. Une petite pelle, de temps en temps, dans la maie, permet de garder les moûts à l’abri de l’oxydation car le CO2 est plus lourd que l’air et sature la maie, minuscule dans le cas du Wilmess, justement pour ça. On en met un peu aussi dans le pressoir, pour inerter.



    Toute les trente minutes, notre nouveau jouet nous permet d’analyser les jus, de voir comment évoluent les sucres et les acidités. Ca s’appelle un Foss.

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    C’est petit, bleu, rectangulaire et surtout très cher. Nous aurons mis dix neuf ans avant d’avoir les moyens d’en avoir un, et croyez moi que ça faisait un moment que j’en avais envie. En une minute à peine, avec une goûte de liquide (une grosse économie de vin, on croirait pas, mais sur de petites cuvées, c’est parlant), l’ordinateur sort une analyse complète par infrarouge, certes pas aussi précise que certaines autres méthodes d’analyse, mais largement suffisante pour nous.

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    Là, il ne s’agit pas de prendre des décisions primordiales, mais de suivre des évolutions, pendant la phase de maturité, pendant le pressurage, comme ici, ou bien sûr pendant les FA (Fermentations Alcooliques en langage pro…), surtout pour tenter de bien finir les sucres, chose souvent pas simple en climat chaud et degré élevé. Génial. Inutile d’aller au labo, qui est quand même à 30 km, résultat instantané : ça change la vie même. Bon, ce n’est pas évident à manipuler, il faut faire des vérifications et des étalonnages régulièrs, ce n’est pas vraiment fiable au poil de cul près, en particulier sur les volatiles et ça ne fait pas le SO2. Mais bon, on a quand même une foule d’informations qu’on avait pas les années précédentes, en tout cas pas aussi vite et pas aussi économiquement neutre, et les premières analyses montrent que souvent, notre instinct et notre goût n’étaient pas totalement stupides. Rassurés.

    En fin de pressurage, la dégustation est plus que jamais primordiale. NOS sens doivent décider, pas la machine. Au démarquage, on regarde si tout est OK. Nickel, on s’est arrêté juste au moment où on commençait à attaquer les raisins confits, même si on a sans doute perdu un peu de jus. Deux pressoirs plus tard, on est parfaitement calé. Juste au moment où on a terminé les blancs. C’est la vie, l’expérience est en nous, pour toujours.

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    Hervé Bizeul
    #47

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    Luc Javaux a répondu au sujet : Le Clos des Fées au jour le jour

    Vendanges 2016 – Jour J plus 10 – Rentrer des Syrah merveilleuses
    21/09/2016

    Si ce n’est pas l’année des Grenache – encore que ce que nous rentrons est magnifique – cela pourrait bien être celle des Syrah…

    De bon matin, direction «la Cresse», vigne emblématique du Domaine. C’est une des premières vignes que nous avons achetée, totalement à l’abandon, puis replantée, dès l’an 2000. Souvenirs, souvenirs… En 2001, Serge y a planté, à la barre à mine et à la masse, 5 000 échalas dans la semaine. J’ai compris que je pouvais compter sur lui. Cela ne s’est jamais démenti et, sans son courage, le Clos des Fées ne sera pas ce qu’il est, tout le monde ici en est conscient. Thanks man. Ecouté à la radio, sur la route, un aphorisme de Paul Valéry : «un chef, c’est un homme qui a besoin des autres». Si vrai…

    Le soleil, sorti comme par magie de la mer il y a deux heures, franchit enfin la barrière du «Pas de l’Echelle» et vient éclairer un point de vue magnifique qui donne envie de peindre. Les vendangeurs sont à l’œuvre depuis le lever du jour.

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    J’ai un peu de temps ce matin et la lumière est merveilleuse. Je passe donc du temps à faire des photos, moi qui n’y comprends rien (priorité au diaphragme ou à l’ouverture ? Mystère…) et voudrais tant apprendre, mais je sens que ce genre de journée est rare au niveau lumière. Après la pluie d’hier, le temps a résolument changé, la canicule est terminée, le temps de l’été indien est venu, de sa douceur, de sa lumière, caressante et chaude. L’idéal pour des photos.

    Dix jours de beau temps devant nous, ciel bleu, mais on a perdu dix degrés et on ne les reprendra plus. Trente minutes à couper suffisent à ne plus avoir besoin d’une veste, on l’accroche au premier échalas venu. Clic. Men at Work.

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    Chaque année, en faisant le bilan des coûts de production de cette parcelle, je me dis que j’aurais mieux fait de mettre un palissage métallique. Mais à l’époque, je pensais n’avoir jamais que quelques hectares. Planter des piquets ne demandait pas de savoir faire particulier, contrairement au palissage. C’était si joli, on se serait cru en Côte Rôtie et en plus, on pouvait se promener sur la parcelle sans être obligé de suivre des barrières, caresser les vignes du bout des doigts, au gré de ses envies. A vrai dire, je croyais surtout dur comme fer à la supériorité du gobelet en climat chaud. J’y crois toujours d’ailleurs. Mais bon, on en change 7 à 10 % chaque année, l’attachage est une horreur et c’est donc un gouffre financier. Mais bon, au moment de vendanger, faut reconnaitre, c’est beau. Et surtout, c’est bon !

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    Une année chaude comme celle là, la taille en gobelet prend tout son sens : trajets de sève courts, feuillage modéré, effet parasol protégeant les raisins des brûlures du soleil, bien géré c’est bingo : qualité et quantité, maturité parfaite, aucune brûlure, pas ou peu de trace de sécheresse, sauf sur les bords, où il y a des mimosas. On pourrait couper les mimosas. Mais c’est beau, les mimosas et on est pas des brutes.

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    Même s’il n’est tombé que que 20 mn à peine, les sols sont encore trempés ce matin là, mais on voit que la vigne en avait VRAIMENT besoin. On vendange finalement à peine quelques jours plus tôt par rapport à une année normale, c’est croquant, frais, parfumé sans aucun grain passerillé, parfait, quoi. Alors, le coût, la peine, le soin, on oublie.

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    Il fait moins chaud, il ne pleut plus, l’endroit est magnifique, ça compte, croyez moi. Les coupeurs se détendent. Pour les porteurs, c’est moins drôle parce que la pente n’a rien de facile. Mais Mihal et les autres ont déjà deux semaines de hotte derrière eux, ils vont assumer, concentrés.

    Une bonne journée s’annonce, bizarre envie écouter du banjo et du violon, comme les airs de Old Crow Medecine Show .

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    Hervé Bizeul
    #48

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    Luc Javaux a répondu au sujet : Le Clos des Fées au jour le jour

    Vendanges 2016 – Jour 11 – Se méfier des œufs
    22/09/2016

    Bon, on est loin d’avoir terminé et les vers de la grappe se rappellent à notre bon souvenir. Revoilà les fameuses «tordeuses de la grappe» dont la troisième génération est en train de se préparer à éclore, et pas que chez nous…

    J’ai essayé de vous faire une photo en gros plan, pour bien comprendre. Si la première et la deuxième génération sont pénibles, la troisième est une horreur. Ce petit point blanc, qui brille au soleil, va bientôt donner naissance à une petite larve qui va rejoindre la surface de la grappe, perçant les raisins, vidant les baies, encourageant le développement de la pourriture grise, le fameux botrytis mais aussi et surtout chez nous de la pourriture acide : le jus de raisin, au contact de l’oxygène, se transforme peu à peu en vinaigre.

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    Il faut avoir de bons yeux ou faire des photos en macro. Je vais acheter un objectif pour ça, parce que c’est vraiment intéressant, en fait d’avoir des gros plans sur les raisins. Comme ma vue ne s’améliore pas, ça va être vraiment utile.

    En fait, l’insecte est vraiment traître. Si on ne repère pas les œufs, c’est souvent sur la partie arrière de la grappe qu’ils éclosent. On ne voit pas grand chose mais, quand on touche la grappes côté cep, on a les mains rougies. Fort degré, volatile à l’encuvage, rien de bon. En faisant les maturités, chaque grain est observé à la louve et, mathématiquement, on sait combien de temps il reste avant l’éclosion : l’œuf se teinte de jaune ou de noir, le cycle dure en général 12 à 14 jours.

    Quand à savoir pourquoi sur certains secteurs il y en a et d’autre pas, et que cela change chaque année, bien malin qui peut le dire. Bon, voilà, j’ai reçu mon objectif. Miracle amazonien ! On voit que sur ce grenache noir de compétition, le lendemain, aucune ponte. Alors qu’on est sur un parcelle qui avait été détruite par le Drozophilia Suzuki en 2014.

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    Super objectif, je mitraille à bout portant.

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    Sur une parcelle de Grenache Noir très précoce, que nous avions encore un peu négligée cette année et donc récoltée trop tard, on récupère cinq ou six cagettes de raisins typiques d’une vendange trop tardive. On a pas encore le goût «Corinthe», de raisin secs, délicieux, juste un fruit trop mûr, un goût de cuit sans intérêt. Bon, il y en a pas lourd, on le met dans une cuve de grenache pas trop mûr, sans trop de risques. Dommage que je ne fasse pas de vins doux naturels. On commence à fatiguer.

    Hervé Bizeul
    #49

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    Luc Javaux a répondu au sujet : Le Clos des Fées au jour le jour

    Vendanges 2016 – Jour 12 – Chercher le fil conducteur
    27/09/2016

    Environ 30 % des cuves sont en fermentation. Le pinot noir est presque sec, lui, mais bon, il est à part, dans son monde.

    Première dégustation des cuves en fermentation, essentiellement la Chique et les premières cuves de Sorcières. Les blancs, aussi, terminés de presser. Clairement, c’est sur le blanc que nous allons prendre cette année «un tampon», comme on dit ici. Très bon mais peu, voici qui résume bien la chose.

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    Sur les rouges, comment dire, c’est plus compliqué. Attention, c’est très bon. Je dirais qu’il y a, en début de fermentation, un fruit que je n’ai jamais senti ni goûté dans la cave à cette époque. Pas dans le sens du meilleur, mais dans le sens différent, très profond, très complexe, mûr mais frais, très joyeux. Les acidités sont étonnantes, les équilibres charmeurs, mais bon, avec encore plus de 100 g de résiduel, c’est toujours flatteur. Les analyses nous confirment tout ça.

    A ce niveau, je ne vois pas trop comment, toujours, nous allons construire les différentes cuvées. Surtout pour Modeste. Ce grenache, peut-être. Et ce Cinsault sans doute. Avec un poil de cette Syrah. Mais je n’aurai droit qu’à un essai. Le reste n’a pas le profil, trop coloré, déjà trop tannique.

    Je commence à construire dans ma tête les futurs assemblages. Pas mal. Pas mal du tout. J’y ajoute, toujours en pensées, les cuves déjà rentrées mais qui ne fermentent pas encore. Puis j’extrapole avec ce qu’il nous reste à rentrer. Ce sera bien, très marqué Syrah, c’est certain. Et très bon.

    On décide des dates de décuvages prévisionnelles, je file remettre à jour le planning de vendange, on est bien en cuverie, pas mal, finalement en volume, pas en tout cas chez nous la catastrophe annoncée. Rien de très sexy aujourd’hui. C’est la vie.

    La nuit est en train de tomber, en rentant, pensif, je me dis que je ne vois toujours pas ce fameux «esprit du millésime» que j’aime tant détecter chaque année. A ma gauche, un nuage me foudroie par sa beauté. Cadeau.

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    Hervé Bizeul
    #50

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    jean-luc javaux a répondu au sujet : Re: Le Clos des Fées au jour le jour

    Quel ciel!!!
    Il devrait t'aider à trouver l'esprit du millésime, tourmenté, difficile mais finalement profond et gracieux... ;)

    jlj
    #51

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    Loïc38 a répondu au sujet : Re: Domaine du Clos des Fées

    Merci de nous faire partager tout cela (tu)
    #52

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    oliv a répondu au sujet : Re: Domaine du Clos des Fées

    Vendanges 2016 – Jour 13 – Expliquer le tri
    28/09/2016

    Il est temps de commencer les Carignan. On a encore les Syrah de Lesquerde sur pied, mais rien ne presse. Et beaucoup de Grenache aussi. Et tous les Mourvèdre. Mais certains Carignan n’iront pas plus loin.

    Quel jour est-on ? Le week-end je crois. On vendange 7/7 depuis trois semaines, on perd toute notion du temps. Le jour se lève, on commence à avoir ces ciels de septembre que j’aime tant. La lune a changé, elle descend, bientôt l’équinoxe et l’Automne.

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    On est sur les Bac, les versants ouest et nord que je n’imaginais pas voir un jour souffrir de la sécheresse. Sur certains ceps, un bras du gobelet a séché, j’espère qu’il survivra. Le problème est complexe parce que la pluie de la semaine dernière a fait regonfler certaines grappes mais que le goût de cuit, lui, est resté. Impossible donc de trier sur un seul critère visuel.

    Les Carignan pas touchés sont magnifiques, bien qu’avec des tailles de baies étonnamment irrégulières (la photo est vraiment intéressante, c’était vraiment pas évident sur la parcelle).

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    D’autres sarments qui portent, sur le même cep, des raisins passerillés. Pas simple. Après une dizaine de minutes d’essais et de discussion, je décide que le seul moyen est de se fier aux feuilles sèches, quitte à enlever un peu de bon mais surtout tout le moins bon; et surtout gagner du temps.

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    Les vendangeurs piaffent d’impatience depuis une demi-heure, on est dimanche, il n’y a qu’une petite équipe triée sur le volet, on connait leur engagement, l’explication du tri commence.

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    Le jour est levé, le camion frigo en place, Serge prend la moitié de l’équipe, moi l’autre, on les guide, peu à peu, patiemment, pour leur faire couper ce que l’on pense devoir l’être. C’est parti. Une fois le premier passage effectué, il suffit de repasser en enlevant tout le reste, sauf les grapillons, bien sûr, que l’on laisse pour les oiseaux, beaucoup trop acides à ce stade. Résultat ? 30 % de «mauvais», 70 de «bon». Pas si mal. Tiens, on va tenter une petite cuve de tout ce qui est trop mûr. Qui sait, on va peut-être découvrir quelque chose. Continuons à voir le bon côté des choses. Je commence à bien aimer ce millésime où l’on va faire, je pense, la différence.

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    Je retourne au chai, l’esprit tranquille, le travail n’y manque pas.
    #53

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    oliv a répondu au sujet : Re: Domaine du Clos des Fées

    Vendanges 2016 – Jour 14 – Se croire ailleurs (2)
    30/09/2016

    Le premier cépage à être vendangé fut notre nouveau bébé Pinot. Parmi les dernières vignes qui le seront, Merlot et Cabernet Franc s’annoncent. Bizarre, hein, cette envie de ne pas faire comme tout le monde, d’espérer changer les choses, la truffe au vent, heureux de chercher de nouvelles pistes, d’ouvrir de nouvelles voies en plantant des cépages qui ne l’avaient jamais été ici.

    Je n’imaginais pas, en année chaude, que le Merlot serait si beau. Étrange année, décidément. J’arrive à la fin des vendanges et je ne sais toujours pas pourquoi, à quelques dizaines ou centaines de mètres près, une vigne aura décroché, une autre pas.

    On est fin septembre, d’habitude, cette vigne est vendangée. Là, son feuillage est magnifique, vert, sans une feuille de sèche, et, alors qu’on l’a effeuillée et fait tomber les quelques grappes millerandées il y a dix jours, et bien il est parfait, signe que son système hydrique ne s’est pas mis en sécurité. Etonnant. On ne doit pas être beaucoup en France et dans le monde à avoir des Merlot est des Cabernet-Franc en gobelet. Faut y croire. Imaginer qu’on va dépasser 20 hectolitres /hectare est une douce illusion dans ce mode de taille et, maintenant, je comprends pourquoi la Guyot a tout emporté sur son passage : question de gros sous.

    Sur un terroir pauvre comme le nôtre, même une dizaine de grappes ne feront que péniblement 600 g de raisins. Et alors ? Aucun travail en vert, rien n’a été jeté, rien n’est né pour rien. Rien ne sera enlevé à la vinification, il n’y aura aucun tri. Respect total de la plante.

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    De près, c’est encore plus beau. Les pédoncules commencent à rougir, aucun grain n’est fripé ni passerillé, les rafles commencent à aoûter, aucune maladie, des grappes lâches et des petits grains. J’attends qu’ailleurs on me montre des vignes comme ça, des raisins comme ça.

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    Le Cabernet Franc est somptueux. Sur les calcaires de la vallée nord, il a trouvé une place pour s’enraciner, une place qu’il aime est qui le lui rend bien. Protégé de l’ensoleillement direct et donc des grandes chaleurs, il était tellement bien cette année que, carrément, on a décidé de ne rien faire : trois attachages, c’est tout. Même pas les entre-cœurs : la vigne est naturellement équilibrée, ses raisins aussi, le goût merveilleux, le fruité exceptionnel. Bon, la photo est mauvaise, en fait les grappes sont toute petites, en bataille, un peu emmêlées dans les feuilles mais, pour la fraicheur et le fruit, c’est exactement ce qu’il faut chez nous, loin des grappes au garde à vous, en ligne, victime d’une volonté normative que tout le monde a fait sienne aujourd’hui, sans que personne ne se pose plus de questions sur le bien fondé de la chose. Mes cheveux et mes vignes sont en pétard. Grand bien leur fasse et mort aux cons. Je goûte, redoute, me raisonne : les raisins sont si bons que j’ai du mal à m’arrêter d’en manger. Déjà qu’il n’y en a pas beaucoup, si j’en mange, où va t’on ? ! Allez, un dernier, pour la route.

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    J’étais le matin au Merlot, le soir au Cabernet Franc, pas le même lumière, pas le même appareil. Fatigué, las, je remonte la vallée nord que j’aime tant, seul, les vendanges à Vingrau sont pratiquement terminées, enfin sur ce qu’il reste de vignes vu qu’on a arraché ici 500 ha en quarante ans. Je serai, comme d’habitude, le dernier à finir. Ayant les vignes les plus tardives, en même temps, c’est un peu logique. Je remonte vers la fin de la route, admirant le dernier trait de lumière qui embrase la falaise.

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    A la croisée des deux chemins du haut, une figue, une seule sur tout un arbre, ne paye pas de mine mais me fait pourtant de l’œil. Je la tente, sans espoir, je n’ai jamais vraiment remarqué ce pauvre arbre de bord de route.

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    Surprise ! Délicieuse, pas trop sucrée, juste mûre, elle est, par chance, parfaite. Je m’adosse à la voiture pour admirer le Canigou dans les nuages. Mon Dieu que j’aime le Roussillon, cette vie, ces plaisirs simples.

    La saison avance, plus que quelques jours, les Syrah de Lesquerde, les derniers Carignan et enfin, la semaine prochaine les derniers Mourvèdre qui ne sont qu’à peine à 13°. L’automne est là, la météo parfaite l’année s’achève. Une grande paix m’envahit.
    #54

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    jean-luc javaux a répondu au sujet : Re: Domaine du Clos des Fées

    Sur ce jour 13 je trouve que c'est révélateur de la difficulté du millésime quand on lit les questionnements et incertitudes qui peuvent encore travailler un viticulteur qui a pourtant une certaine expérience... Un éternel combat contre la nature et ses caprices.

    ( Après une dizaine de minutes d’essais et de discussion... Serge prend la moitié de l’équipe, moi l’autre, on les guide, peu à peu, patiemment, pour leur faire couper ce que l’on pense devoir l’être...
    on va tenter une petite cuve de tout ce qui est trop mûr. Qui sait, on va peut-être découvrir quelque chose... )


    Mais tout cela apporte certainement du piment et permet d'avancer. (C'est facile, vu du clavier... :D )

    jlj
    #55

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    oliv a répondu au sujet : Re: Domaine du Clos des Fées

    Vendanges 2016 – Jour J plus 15 – Faire le tour des clôtures
    04/10/2016

    Le jour se lève. Le soleil peine à sortir de la mer et enflamme le ciel tel un coucher de soleil sur la savane africaine. Je n’avais jamais remarqué cet arbre, au loin, à la limite des oliviers et de la vigne, à la Chique. Today, c’est son jour et le mien : j’adore l’ambiance de cette photo, due totalement au hasard…

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    L’équipe de vendange se met en route doucement dans un brouhaha… Comment dire ? Un brouhaha fatigué, joyeux surtout de sentir que l’essentiel est fait, que, bientôt, on va pouvoir remarcher droit et non courbé. Devant les bâtiments de la Chique, un lot d’échalas brisés attend d’être retaillé pour un autre usage. «La plus petite économie contribue au maintien des salaires» disait mon ami Charlou. Etre vigneron, c’est être économe, en tous cas ici. Ailleurs, je ne sais pas.

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    Un grand plateau de Carignan, un solde de grenache, encore un peu de Cinsault, il faut finir la Chique dans un ordre, je l’avoue, un peu décousu. C’est un peu mal tombé cette année, on a pas pu terminer comme nous l’aurions voulu toutes les parcelles que l’on avait commencées, on va s’en occuper aujourd’hui. C’est peut être un peu mûr, mais, finalement, on dépasse à peine 14° et il n’y a aucun grain passerillé. Bien étrange année, bien malin qui peut m’expliquer pourquoi certaines vignes ont décroché sous l’effet de la sécheresse et pourquoi d’autres ont tenu. Après la nouvelle petite pluie de dimanche, le feuillage est beau, étrangement beau en ces derniers jours de septembre. Les feuilles n’ont aucune envie de tomber, la machine est toujours active, la photosynthèse marche à fond, tant mieux pour les réserves, la vigne est en train d’en faire. Les rosés et les brumes matinales font beaucoup pour la chose. C’est parfait.

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    Une autre équipe commence à démonter les clôtures électriques. Plus de quinze hectares protégés cette année, un passage permanent pour vérifier les tensions, changer les batteries, lutter, aussi, il faut le dire, contre la malveillance de certains… Déjà qu’on avait pas beaucoup, si en plus on se l’était fait manger… Long à poser, long à déposer, mais bon, comment faire autrement ? On démarre…

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    Les sangliers ne sont pas les seuls à vouloir notre perte. Les merles, très actifs dans certains secteurs, picorent gentiment grain après grain, en bordure de parcelles. D’autres animaux, nocturnes, ont trouvé le couvert et creusent pour se construire un gîte…

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    Je n’ai rien contre les blaireaux, animaux propres qui font leurs besoins et les enterrent, comme les chats, vivent la nuit et nous ennuient peu. Ils se faufilent sous les clôtures, mangent quelques dizaines de kilo, c’est la nature, la vie, l’écosystème. Celui ci n’a pas aimé sa rencontre de la nuit avec un fêtard retour de bal. On le range gentiment sur le bas côté, il n’était pas vieux mais faisait bien déjà une dizaine de kilos.

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    La fatigue augmente, mais on voit la fin, plus que quelques hectares de Carignan et de Mourvèdre à rentrer et l’on pourra non pas arrêter mais se consacrer à la cave…
    #56

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    oliv a répondu au sujet : Re: Domaine du Clos des Fées

    Vendanges 2016 – Jour J plus 16 – Voir le temps changer
    05/10/2016

    Bon c’est l’automne. Dans la tête ou dans le calendrier, parce que dans la nature, c’est encore bien difficile à voir. L’équinoxe est passée, mais sans apporter ses pluies. La lune a changé, descend, sans que l’on voit, cette année, la moindre feuille tomber. Les journées sont chaudes, belles, les nuits un peu plus courtes et bien sûr plus fraîches. On a envie d’aller traîner à la plage, pour voir. Mais les Carignan commencent à rougir. Doucement. C’est un signe qui ne trompe pas.

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    Mais avouons que les vignes sont étrangement vertes pour un début octobre… Le feuillage est encore très vert, il continue son travail de photo-synthèse, les dernières vignes en altitude se débloquent, nous livrant des Carignan magnifiques, à peine à 13°. Au Mas Lianssou, la plus tardive des vignes du Vingrau et l’un de lieux les plus majestueux et sauvage, la nature avance, mais lentement.

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    On les laisserait bien encore un peu, mais au fait pourquoi donc ? La maturité pulpaire est là depuis longtemps, on est sur la meilleure partie du plateau de maturité phénolique – la dernière -, l’acidité est étonnante, très vive encore pour l’époque, le fruité parfait. Alors avançons.

    On laissera, bien sûr, les grapillons pour les grives. Ou les merles, bien plus courants ici. Bien moins bon, aussi, comme le sait la sagesse populaire. Il faut bien que tout le monde vive. Et mange.

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    Les premières feuilles sont sèches, celles au plus près de la grappe, au bas du sarment, mais depuis peu. Un effeuillage naturel, en quelque sorte. Ca me plait bien. Les pulpes se tâchent de rouge, les peaux libèrent leurs anthocyanes et leurs tanins, tachent les doigts que l’on dirait enduits de sang. Le sang de la terre.. J’aime ces pédoncules qui rougissent, chaque année, sur le Carignan, ces grappes qui aoûtent (elles lignifient, après les bois), signes qui ne trompent pas sur la qualité future du vin.

    L’état sanitaire est parfait, il n’y a eu pourtant ici que du souffre poudre, un peu de mouillable, une micro dose de cuivre. Merci mon climat, qui me permet, chaque année, de cueillir mûr et sain.

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    Plus rien ne presse désormais, inutile d’accélérer. La vendange avance bon train ce matin, malgré tout, car tout le monde est désormais dans la rythme collectif, soutenu et appliqué, les tire au flanc ayant été perdus en cours de route.

    Sur la vallée, sur la montagne calcaire, le soleil éclaire la roche de son énergie, désormais enfermée dans le raisin.

    Plus qu’une parcelle de Mourvèdre, mais que nous allons attendre un peu, encore un peu, ne voulant pas, sans doute, au fond de nous, finir ce cycle, celui de ma dix neuvième vendange, ce moment étant désormais, pour moi, sans aucun doute, une étape plus importante que mon anniversaire sur mon chemin de vie…
    #57

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    oliv a répondu au sujet : Re: Domaine du Clos des Fées

    Vendanges 2016 – Jour J plus 17 – Terminer en douceur
    06/10/2016

    Une semaine déjà que les derniers Carignan sont rentrés. Impossible d’écrire en «temps réel» ce blog. Impossible bien sûr d’y raconter chaque jour, chaque minute, je ne devrais faire que ça. Mais nous sommes finalement très proches de la réalité, quelques jours en moins, quelques dates sans dessus dessous.

    Il ne reste que les Mouvèdre de la Cresse. Les vieux et les jeunes. Parcelle historique du domaine. On voit au loin les syrah vendangées (et racontées…) en début de vendanges. Le feuillage est étonnamment, vert, toujours. Cela n’a plus d’importance pour les raisins, mais pour la plante, oui. Les réserves d’amidon seront plus grandes, la plante plus forte l’année prochaine. Et, qui sait, un peu plus généreuse pour compenser l’année. La plante ne gère pas son énergie sur un cycle, un an, mais au moins deux, voire trois. Bien malin qui la comprend…

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    Rarement j’aurai vu ici de si beaux Mouvèdre… La semaine dernière, en me promenant, j’ai été tenté d’y aller, de ramasser, d’en finir. Les deux parcelles me parraissaient mûres. Un peu d’araignée rouge, sur l’une d’entre elle, me laissait à penser qu’il n’y aurait rien à gagner à attendre. En marchant au cœur de la troisième, plus précoce, la vérité me frappa : celle là était mûre. Les autres, pas encore. Décision fut prise alors d’attendre encore quelques jours.

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    Le climat a changé. Enfin celui des nuits, où l’on descend désormais vers 14, voire 12°. On va bientôt ressortir la couette, on est là au moment «couverture», même si ce début d’automne est resplendissant. Au niveau maturité, là, c’est sûr, on y est. Les grains ressemblent à de petits bonbons, les pépins commencent à aoûter, à devenir marron, à prendre ce bon goût de grillé quand on les broie sur les molaires. Leurs tanins sont plus doux. Le moment parfait. D’autant qu’une averse menace en fin de semaine. Il est temps d’agir.

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    En travaillant doucement en cave, on devrait faire de grandes choses avec ce raisin,et, qui sait, mettre ce Mourvèdre dans le Clos des Fées, ce qui n’arrive pas chaque année.

    Les vendanges sont finies, ce journal de vendange aussi, ce blog continue mais sans doute pas sur le même rythme, tellement prenant…

    Une dernière photo de raisin ? Alors se sera le dernier seau…

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    #58

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    Caravelas a répondu au sujet : Re: Domaine du Clos des Fées

    Merci pour ce beau journal de bord, très intéressant et instructif.
    A refaire l'année prochaine ;)

    Anthony
    #59

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    jclqu a répondu au sujet : Re: Domaine du Clos des Fées

    Merci c'etait top de lire ça

    JC
    LPV Lutèce
    #60

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