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    unanswered Parole de vigneron: Thierry Valette

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    Jérôme Pérez a créé le sujet : Parole de vigneron: Thierry Valette

    Il y a toutes sortes de façons de faire du vin. On peut aux deux extrêmes le faire avec une attitude romantique ou comme un business avec une calculette.
    On peut aussi ne pas faire de vin. Quand j’étais jeune, j’ai choisi de ne pas en faire.
    J’appartiens à une famille qui depuis quatre générations élabore des vins. Ainsi nous avons ramassé du raisin pour le vinifier en Algérie, au Chili, dans la Loire, dans le Languedoc et aussi à Bordeaux, tout cela autour du cœur qui était à St Ouen pour les vins de marque.
    Mon arrière grand père Alexandre a fait l’acquisition de Château Pavie et de Troplong Mondot dans les années 40 alors qu’à cette époque la réputation des terroirs de st emilion n’était pas et de loin ce qu’elle est aujourd’hui. ;
    Je retiens de lui une aptitude à aller découvrir des terroirs pas encore exploités et de les mettre en valeur. Une envie de prendre des risques, un esprit d’aventure.
    Mais revenons à moi, le monde m’apparaissait vaste et passionnant, le terre vous fixe, vous enracine, ce qui était en quelque sorte à l’opposé de ce que cherchait.
    J’ai donc décidé de tenter une carrière artistique dans la danse moderne et le jazz.
    J’ai rencontré beaucoup de gens totalement engagés dans ce qu’ils faisaient, cherchant juste à survivre pourvu qu’ils puissent continuer à alimenter leur passion. L’artiste est un m édium, pour émouvoir les gens il faut qu’il entre en vibration, qu’il soit traversé par une inspiration et bien sur qu’il travaille énormément pour redonner ce qu’il perçoit.
    Ce sentiment, je l’ai retrouvé quelques années plus tard quand j’ai décidé à mon tour de m’enraciner et de revenir au vin.
    J’ai pris mon temps et au hasard des rencontres je me suis formé à la fois de manière scolaire mais aussi et surtout au contact de quelques personnages tous différents mais au caractère bien trempé. Ainsi j’ai accompli une sorte de chemin initiatique auprès de jean Paul valette (château pavie), de François Mitjaville château le tertre roteboeuf), de Peter sichel et de Maryse Barre et Stéphane Derenoncourt au Château Pavie Macquin puis sur la propriété comme conseil durant les cinq premières années.
    De ces sensibilités très différentes j’ai acquis la conviction qu’il fallait trouver une synthèse entre la tradition de finesse et d’élégance des grands crus et l’approche hédoniste actuelle qui réclame du fruit, du plaisir, de la fraîcheur en bouche, en un mot des vins qui sont déjà délicieux à boire jeunes tout en gardant un potentiel de garde s’ils sont élaborés sur de grands terroirs.
    Puis est venu ce jour ou je me suis installé au Clos Puy Arnaud. J’ai eu beaucoup de mal à trouver cet endroit car je cherchais un endroit qui m’inspire….
    Il me fallait un lieu où il était possible de développer une vraie philosophie de production. De nos jours le vin est objet de mode, de communicationn et de marketing. Il y a une tendance lourde à privilégier un discours médiatique qui se substitue à la mise en valeur de la philosophie de production. Ce n’est pas ma tasse de thé.
    La terre n’appartient pas à l’homme, c’est le contraire qui est vrai.
    Quand on accepte cette idée basique, on trouve sa manière d’être sur une propriété. Il faut redonner de la vie au sol et donc à la plante. Travailler les sols ; apporter des engrais organiques, forcer la plante à descendre des racines vers la roche mère (chez nous calcaire à astéries). N’utiliser que des produits de contact à doses les plus contrôlées possibles (cuivre, soufre liquide et fleur, poudrage de lithotame, d’argile et de talc). Utiliser des tisanes de plantes (orties, prêle). En bref remettre l’écosystème en route et ramener la vie. Ceux qui vous donnent la réponse à votre action sont des être vivants (vers de terres, insectes et oiseaux). Plus un vignoble chante et plus il est en vie et croyez moi malgré la monoculture le chant des oiseaux est incessant à puy arnaud. Même les bergeronnettes suivent la charrue malgré le bruit du tracteur.
    Et puis quand les grands équilibres sont rétablis , il faut aller un peu plus loin, aller travailler sur des choses de plus en plus sensibles bien que très basiques. Et la, une approche paysanne et de bon sens de la biodynamie est précieuse. Après cinq années nous avons commencé cet hiver….On le fait en vérifiant sur le terrain, ce qui marche, ce qui n’est pas significatif, en testant d’autres tisanes de plantes (achillée mille feuilles, consoude matricaire, pissenlit, souci, millepertuis ……toutes les plantes ont des vertus curatives mais en agriculture il n’y a pas d’étude à notre disposition, il faut donc réfléchir, tester, expérimenter soi même. Par exemple un du gros problème de la viticulture actuelle ce sont les maladies du bois (principalement esca et eutypiose). Avant son interdiction on utilisait l’arsénite de soude, un produit hautement toxique pour l’environnement et aussi pour l’homme. Or il se trouve que le millepertuis possède des doses d’arsénite de soude à des concentrations très faibles donc inoffensives pour tout être vivant… Si l’on croit à l’homéopathie on se dit tiens si on essayait des tisanes de millepertuis…..
    Ces recherches sont infinis et l’on peut tout de même noter que les plus grands groupes pharmaceutiques sont en train d’investir des sommes énormes dans des recherches sur des plantes sauvages, voir de tenter (cf. l’épisode récent des îles Tonga) d’acheter du patrimoine végétal à des homme ayant garder des modes de vie traditionnels. Peut être que les bios loin d’être des rêveurs romantiques sont à l’avant-garde d’une certaine conception de la santé de l’être vivant……
    Encore faudrait t’il que les grands groupes maintenant qu’ils commencent a être convaincus de la démarche, ne puissent s’emparer de notre liberté. CF la tentative récente d’un lobbying bruxellois de faire interdire les tisanes et les purins d’orties sous prétexte que la fabrication n’en est pas contrôlée par des labos officiels. Pour ce qui me concerne je la ramasse (l’ortie) chez moi donc si un jour on me dit que je dois l’acheter chez Monstre vous imaginez le délire ............. mais c’est en route ......

    N’oublions pas le vin. Il ne faut jamais oublier qu’il y a une viticulture biologique mais qu’elle ne fait qu’amener des raisins au cuvier. Après il faut élaborer les vins. Pour ce qui nous concerne en résumé :
    -vendanges manuelles, transport par cagettes, réception avec deux tables de tri, encuvage sans pompage par gravité (avec égrappage mais sans foulage) Cuve rie 75% bois 25% ciment Pré macération fermentaire au froid, fermentation alcoolique sur levures indigènes, remontages et/ou pige ages visant des extractions douces (intensité et températures) Malo lactiques en barriques. Elevage sur lies. Vins mis en bouteilles en principe sans collage, ni filtration.
    Ce résumé oublie de dire l’essentiel : toutes les techniques et les actions sur la raisin et/ou le vin résultent de la dégustation. Les décisions sont donc souvent prises en fonction de l’intuition plus que d’un savoir.

    Thierry Valette

    Jérôme Pérez
    #1

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    L´abus d'alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération

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